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Évaluations prospectives pour une meilleure compréhension des perspectives de durabilité

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Article Publié 13/07/2020 Dernière modification 14/08/2020
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Photo: © drmakete lab on Unsplash
L’Agence européenne pour l’environnement (AEE) a récemment publié un rapport sur les «facteurs de changement» qui influent sur les perspectives de l’Europe en matière d’environnement et de durabilité. Nous avons interrogé le responsable du projet à l’origine du rapport, Lorenzo Benini, qui travaille à l’AEE en tant qu’expert en évaluation des systèmes et durabilité.

Quel est votre rôle au sein de l’AEE et quel type de travail cela implique-t-il ? 

Je travaille dans le cadre du programme de l’AEE sur l’Évaluations intégrées pour la durabilité qui développe des évaluations environnementales intégrées, telles que le rapport L’environnement en Europe - état et perspectives (SOER). Mon travail consiste principalement à développer des évaluations systémiques, qui analysent les défis et les opportunités en matière de durabilité au sein de l’Europe. Il s’agit notamment d’examiner les liens entre les systèmes socioécologiques et sociotechniques à différentes échelles, dans une perspective d’évolution, tout en reconnaissant la présence d’incertitudes dans nos connaissances. 

Qu’est-ce que les évaluations prospectives ? 

Les évaluations prospectives de l’AEE examinent les évolutions futures potentielles, par exemple, en matière de perspectives environnementales et de durabilité. Elles s’appuient sur une combinaison de connaissances établies sur les tendances et les dynamiques antérieures, sur notre compréhension des interactions entre les différents phénomènes, ainsi que sur l’exploration d’alternatives futures. L’avenir est toujours incertain et l’est d’autant plus dans le monde actuel qui se caractérise par une volatilité, une complexité et une ambiguïté croissantes. 

Le monde est de plus en plus interconnecté et les événements qui se produisent dans une région du monde peuvent avoir une incidence sur l’Europe. Malheureusement, la crise de la COVID-19 vient nous le rappeler brutalement

Néanmoins, des futurs alternatifs peuvent être imaginés, débattus et recherchés. Cela signifie qu’il faut utiliser un ensemble d’études prévisionnelles quantitatives et qualitatives et nouer le dialogue avec de multiples acteurs pour développer des connaissances capables de soutenir les actions politiques en faveur de la durabilité. Dans notre cas, nous le faisons avec notre réseau de pays membres (Eionet), de décideurs politiques, d’experts issus de différentes disciplines et de différents horizons et, de plus en plus, avec la société civile. 

Que nous apprend le récent rapport de l’AEE ? 

Le rapport «Drivers of change of relevance for Europe’s environment and sustainability [Facteurs de changement pertinents pour l’environnement et la durabilité en Europe]» explore un grand nombre de «facteurs» susceptibles d’affecter l’avenir de l’Europe, en particulier ceux qui ont une incidence sur les ambitions de l’Europe en matière d’environnement et de durabilité. De manière générale, le rapport vise à dresser un tableau précis des changements survenant dans le monde et en Europe, de leurs interconnexions, ainsi que de leurs implications éventuelles. 

Les perspectives de l’Europe en matière d’environnement et de durabilité sont influencées par de nombreux facteurs, créant à la fois de nouveaux risques et de nouvelles opportunités. Le monde est de plus en plus interconnecté et les événements qui se produisent dans une région du monde peuvent avoir une incidence sur l’Europe. Malheureusement, la crise de la COVID-19 vient nous le rappeler brutalement. Tandis que le rôle de l’Europe sur la scène internationale est en train de changer, l’UE a l’occasion de se repositionner vis-à-vis des défis environnementaux, stratégiques et de durabilité à venir et de saisir les opportunités qui s’offrent à elle, en vue d’un avenir plus durable. 

Qu’est-ce qui définit les facteurs de changement ? 

Les «facteurs de changement» diffèrent en matière d’échelles géographique et temporelle, d’origine, de puissance et d’impact potentiel. Par exemple, les grandes tendances mondiales telles que la croissance de la population mondiale ou le changement climatique sont des tendances mondiales à long terme qui sont lentes à se former mais qui ont un impact majeur. Certaines tendances sont bien établies et caractérisent particulièrement l’Europe, ce qui est le cas du vieillissement de la population ou de la migration de l’est vers l’ouest par exemple. D’autres tendances se dessinent, mais ne sont pas encore bien établies, comme la convergence technologique et la «quatrième révolution industrielle». Nous avons également des «inconnues» qui sont des développements futurs peu probables mais potentiellement perturbateurs. Il peut s’agir d’avancées technologiques majeures, d’un effondrement des pollinisateurs ou d’une épidémie de maladies infectieuses. 

Comment voyez-vous l’évolution de certaines de ces tendances ? 

On peut dire que les défis environnementaux mondiaux se sont accrus au cours des 50 dernières années et que la géographie de la pollution évolue aux quatre coins du globe, imitant la croissance économique, modifiant le pouvoir géopolitique et augmentant les niveaux de consommation. Dans le même temps, le monde est plus que jamais interconnecté grâce aux flux de ressources, de personnes et d’informations, ce qui rend plus difficile la gestion globale de l’environnement. 

L’Europe dépend de plus en plus de ressources essentielles et, dans le même temps, externalise une part importante de ses contraintes environnementales. Les nouvelles technologies apportent à la fois des opportunités et des risques pour la santé, l’environnement et le bien-être. Les valeurs, les modes de vie et les approches de la gouvernance évoluent partout sur la planète. Bien que le consumérisme se développe, en particulier dans les pays émergents, de nouvelles idées sont également reprises par une partie de la population et les citoyens exigent de plus en plus que des mesures soient adoptées pour faire face aux défis que posent l’environnement et la durabilité, en Europe comme ailleurs. 

Comment l’analyse prévisionnelle est-elle utilisée dans le processus décisionnel national et de l’UE ? 

Dans les domaines de l’environnement et de la durabilité, on recourt souvent à des processus prévisionnels pour anticiper les risques potentiels et identifier les possibilités de faire progresser les politiques en matière d’environnement et de durabilité. Par exemple, la Commission européenne a mis en place un système prévisionnel (FORENV) qui vise à identifier les questions environnementales émergentes afin de sensibiliser quant à leurs implications éventuelles et d’aider les décideurs politiques et les parties prenantes à y faire face. On trouve des exemples similaires dans les pays membres de l’AEE. La prospective stratégique a aussi récemment pris de l’importance dans l’élaboration des politiques européennes avec la création d’un poste de commissaire chargé des relations interinstitutionnelles et de la prospective — le vice-président Maroš Šefčovič — et du réseau de prospective stratégique de l’UE.

Dans les domaines de l’environnement et de la durabilité, on recourt souvent à des processus prévisionnels pour anticiper les risques potentiels et identifier les possibilités de faire progresser les politiques en matière d’environnement et de durabilité.

Que fera l’AEE sur ce thème dans un avenir proche ? 

L’AEE contribue activement au processus FORENV, aux côtés d’experts en prospective de nos pays membres et des centres nationaux de référence pour les informations et services prospectifs (NRC-FLIS). L’AEE travaille également sur un certain nombre de projets liés à la prospective, souvent en partenariat avec des pays membres et d’autres institutions de l’UE. Nous espérons produire des évaluations sur les conséquences des facteurs de changement pour le programme européen de développement durable, établir un processus d’analyse prospective pour identifier les tendances émergentes, et développer cette base de connaissances pour la prochaine édition du SOER. 

Lorenzo Benini 
Expert en évaluation des systèmes et durabilité 
Agence européenne pour l’environnement 

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