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Entretien — Prosommateurs et crise énergétique: quand les citoyens contribuent à la transition énergétique européenne

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Article Publié 14/10/2022 Dernière modification 06/12/2022
5 min read
Que sont les «prosommateurs» d’énergie et quel rôle peuvent-ils jouer pour stimuler l’utilisation des énergies renouvelables à travers l’Europe? Lors d’un entretien avec Javier Esparrago, expert de l’AEE dans le domaine de l’énergie et de l’environnement, nous avons discuté de la manière dont les citoyens, les institutions et les entreprises peuvent aider à surmonter la crise énergétique actuelle en devenant des prosommateurs qui produisent et consomment des énergies renouvelables. Dans un rapport qu’elle a publié début septembre, l’AEE donne un aperçu du rôle des prosommateurs d’énergies renouvelables et de cette pratique qui gagne en importance grâce à des technologies de meilleure qualité et moins coûteuses, et aux politiques qui les encouragent.

Le terme «prosommateurs» semble être de plus en plus répandu dans toute l’Europe. Qu’entend-on exactement par «prosommation»?

Le terme «prosommation» est très large et ses définitions se recoupent souvent. Au sens le plus strict, les prosommateurs sont les particuliers, les institutions ou les petites entreprises qui produisent et consomment de l’énergie. Toutefois, nous élargissons ce terme à tous ceux qui contribuent activement au système énergétique, par exemple en aidant à stabiliser le réseau au moyen de leurs batteries. Les prosommateurs peuvent agir individuellement ou collectivement, dans le cadre d’une coopérative énergétique notamment.

Notre récent rapport de l’AEE intitulé «Energy Prosumers in Europe — Citizen participation in the energy transition» (Prosommateurs d’énergie en Europe — Participation des citoyens à la transition énergétique) examine cette pratique émergente.

Quels sont les principaux avantages de la prosommation par rapport aux grandes installations utilisant des énergies renouvelables? Et quels sont les inconvénients?

Il y a tellement de choses à dire! Mais je ne retiendrai ici que trois avantages. Premièrement, les prosommateurs sont généralement moins exposés à des prix de l’énergie élevés puisqu’ils produisent souvent une partie de l’énergie qu’ils consomment. Deuxièmement, de nombreuses installations de prosommateurs sont placées sur des toits, ce qui élimine le besoin de surfaces supplémentaires. Troisièmement, ces projets sont généralement financés par les ménages, ils constituent donc un bon moyen de mobiliser l’épargne privée en faveur de la transition énergétique.

La prosommation n’est toutefois pas sans inconvénients. Avant toute chose, les projets de prosommateurs sont souvent moins rentables que les projets de grande envergure, simplement en raison d’économies d’échelle. Le coût initial élevé de certains modèles de prosommation est également critiqué, car ce n’est pas à la portée de tous.

En fin de compte, je pense que le système énergétique de demain sera plus décentralisé, avec une combinaison de petites et de grandes installations connectées par l’intermédiaire d’un réseau intelligent flexible.

Dans quelle mesure les prosommateurs particuliers peuvent-ils contribuer à réduire les effets négatifs de la crise énergétique actuelle, en particulier les factures énergétiques?

Le potentiel est immense. Un ménage peut parfois couvrir tous ses besoins en électricité par l’autoproduction, en particulier en combinaison avec des batteries et une pompe à chaleur. Les projets de petite envergure peuvent généralement être mis en œuvre relativement rapidement en réponse à des périodes de prix de l’énergie élevés.

Ces derniers mois, nous avons d’ailleurs constaté une forte demande de panneaux solaires à installer sur les toits. Toutefois, certains facteurs limitent la vitesse à laquelle les projets de prosommateurs peuvent être déployés. Par exemple, les panneaux solaires et leurs composants font actuellement l’objet de problèmes d’approvisionnement. L’obtention d’un permis peut également entraîner des retards, tout comme une pénurie de compétences. Bien entendu, tout le monde ne dispose pas d’un toit sur lequel il est possible d’installer des panneaux.

La prosommation repose-t-elle uniquement sur l’utilisation de panneaux solaires par les consommateurs? Quelles sont les autres technologies concernées?

Les toitures solaires sont la technologie privilégiée. Mais certains prosommateurs décident également d’investir de manière collective dans d’autres technologies, telles que les éoliennes, les petites centrales hydrauliques ou le chauffage urbain.

Quelles politiques de l’UE contribuent à promouvoir la prosommation?

La directive révisée sur les énergies renouvelables et la directive sur le marché intérieur de l’électricité ont défini différents types de prosommateurs et recensé des droits et obligations détaillés pour chacun d’eux. Mais l’impulsion la plus significative en faveur de la prosommation remonte à mai dernier, avec la proposition de plan REPowerEU et son initiative sur les toitures solaires. Cette proposition prévoit l’obligation légale d’installer des panneaux solaires sur les nouveaux bâtiments et encourage les pays à réduire les formalités administratives, à fournir des incitations et à conseiller les citoyens sur la manière de devenir des prosommateurs. Elle pourrait réellement changer la donne.

Dans quelle mesure serait-il facile pour un consommateur d’énergie de devenir un «prosommateur»?

Cela dépend beaucoup du modèle de prosommation. En effet, il en existe une multitude. Par exemple, une personne souhaitant installer des panneaux solaires sur son toit doit s’attendre à un investissement initial substantiel, mais aussi à des démarches de planification et d’obtention de permis et, parfois, à une liste d’attente pour trouver des professionnels qualifiés.

À l’inverse, rejoindre une grande coopérative énergétique peut être presque aussi facile que de changer de fournisseur d’énergie. Dans tous les cas, il est essentiel de lever ces barrières pour accélérer l’adoption de la prosommation.

Quels sont les principaux défis et obstacles auxquels sont confrontés les prosommateurs et quelles mesures les pouvoirs publics peuvent-ils prendre?

Un cadre politique clair, stable et bien développé est essentiel. Dans certains pays, la prosommation n’est pas correctement intégrée dans les législations et réglementations nationales, ce qui suscite des incertitudes pour les prosommateurs potentiels. Il n’est pas rare que l’accès au financement et le manque d’informations constituent aussi un obstacle. Les autorités nationales ou régionales peuvent créer des guichets uniques où les citoyens ont accès à des informations sur les aspects techniques et réglementaires, ainsi que sur les aides financières disponibles. Les pouvoirs publics devraient également remédier à la pénurie de compétences et adapter la formation professionnelle aux besoins du marché.

Quels sont les travaux supplémentaires de l’AEE dans ce domaine?

Nous finalisons actuellement un briefing de l’AEE, qui consiste en une courte évaluation en ligne que nous publierons au cours des prochains mois, sur les prosommateurs et les villes. Il fournit une analyse des facteurs spécifiques qui affectent les prosommateurs dans les zones urbaines et de la manière dont les municipalités peuvent les soutenir.

Javier Esparrago

Expert de l’AEE dans le domaine de l’environnement et de l’énergie

Entretien publié dans le Bulletin de l’AEE, numéro 03/2022

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