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Comment les dangers environnementaux affectent-ils les groupes vulnérables en Europe?

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Article Publié 19/03/2019 Dernière modification 11/05/2021
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Photo: © Harry Oliver, My City/EEA
Des actions ciblées sont indispensables pour mieux protéger les populations européennes les plus vulnérables, notamment les plus démunis, les personnes âgées et les enfants, contre les dangers environnementaux tels que la pollution atmosphérique et sonore et les températures extrêmes. Aleksandra Kazmierczak, experte de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) dans le domaine de l’adaptation au changement climatique, explique quelles sont les principales conclusions du nouveau rapport de l’AEE sur les liens entre, d'une part, les inégalités sociales et démographiques et, d'autre part, l’exposition à la pollution atmosphérique, au bruit et aux températures extrêmes.

Quelles sont les principales conclusions du rapport?

Le rapport de l’AEE intitulé «Unequal exposure and unequal impacts: social vulnerability to air pollution, noise and extreme temperatures in Europe» (Expositions et répercussions inégales: vulnérabilité sociale à la pollution atmosphérique, au bruit et aux températures extrêmes en Europe) délivre quatre messages clés. Premièrement, les personnes déjà défavorisées du fait de leur situation socioéconomique ou de leur âge sont également touchées de manière disproportionnée par les dangers environnementaux dont il est question dans le rapport. Deuxièmement, il existe de grandes différences en Europe sur le plan géographique, avec des régions très défavorisées et des régions où le taux de pollution est plus élevé. Certaines régions sont relativement plus riches et moins polluées, tandis que d’autres sont plus pauvres ou plus défavorisées, plus polluées et plus exposées à des températures extrêmes. Un autre élément essentiel de ce rapport est qu’en tant qu’Union européenne (UE), nous disposons d'une base solide de politique européenne pour lutter contre les vulnérabilités, mais il faudrait faire plus en termes de mise en œuvre. Il est donc, dans les faits, très urgent d'agir car ces inégalités risquent de persister à l’avenir — au moins certaines d’entre elles. Pour terminer, le rapport souligne que nous devons examiner les mesures qu’il nous est possible de prendre au niveau local, national et européen.

Quels sont les types d'actions engagées face à ces inégalités et à ces répercussions?

Il existe de très bonnes études locales de la vulnérabilité sociale et de l’exposition aux dangers environnementaux. L'étude réalisée à Berlin en est un bon exemple. Après un découpage de la ville en petites unités, la situation socioéconomique des habitants et les problèmes environnementaux ont été examinés pour chacune de ces unités. Cette carte de la ville, qui indique à la fois les problèmes socioéconomiques et les problèmes environnementaux, permet aux autorités locales d'agir dans les zones où se concentrent ces problèmes et où la qualité de vie des habitants est susceptible d’être la plus faible.

Un problème sérieux demeure en particulier dans les États membres de l’est et dans certains États membres du sud de l’UE, à savoir l’utilisation persistante du charbon comme source de chauffage domestique. Cette énergie est à l’origine d'une importante pollution atmosphérique. Il existe néanmoins différents programmes nationaux de subventions permettant en particulier aux ménages les plus pauvres d'abandonner le chauffage au charbon au profit de modes de chauffage moins polluants.

Quelles données et informations avez-vous utilisées pour cette étude?

En ce qui concerne les données socioéconomiques, nous nous sommes fortement appuyés sur les données d’Eurostat, car il s’agit d’une source européenne fournissant une base de données cohérente sur toute l’Europe. Évidemment, il y a certains inconvénients liés au niveau de détail des données. Seules les données de grandes unités géographiques ont été utilisées, celles des régions classées NUTS II et III, c’est-à-dire des unités d'au moins 150 000 à 800 000 habitants. En ce qui concerne les données environnementales, pour la pollution de l’air et le bruit, nous utilisons les données que les pays communiquent à l’AEE et que nous évaluons ensuite ici. S'agissant des données climatiques, nous avons également utilisé l’ensemble des données d’observation journalières, produit à l’échelle européenne et appelé «E-OBS». Cet ensemble a été analysé en interne afin que l’on puisse représenter des variables climatiques au même niveau spatial que les données socioéconomiques.

Pourquoi le rapport ne traite-t-il que de la pollution atmosphérique, des températures extrêmes et du bruit?

Les effets des températures extrêmes sur la vie des personnes sont clairement visibles, qu’il s’agisse des vagues de froid ou de canicule observées ces dernières décennies. Malgré des améliorations significatives de la qualité de l’air en Europe, la pollution atmosphérique demeure un grave danger pour la santé des Européens. Le dépassement des niveaux de pollution atmosphérique à différents endroits du continent fait régulièrement la une des journaux. De même, en termes de bruit, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’environ un Européen sur cinq est exposé à des niveaux de bruit routier susceptibles d’affecter son bien-être. Nous nous sommes donc concentrés sur les dangers qui ont le plus de répercussions sur la santé humaine. Ce qui a également influencé nos choix, c’est que nous disposions de données et d’une très bonne base de connaissances dans ces domaines.

Quelle est l'importance de ce rapport pour l’AEE? À quoi servira-t-il?

C’est la première fois qu’à l’AEE, nous analysons des données environnementales par rapport à des données socioéconomiques. Ce rapport peut servir de point de départ à d'autres études à venir et nous espérons qu’il enrichira le rapport «State of Europe’s environment 2020» (rapport sur l'état de l’environnement en Europe 2020). D'autres rapports sont en préparation sur les liens entre l’environnement et la santé.

Que fait l’UE pour aller plus loin dans ce domaine?

La Commission européenne et d’autres parties prenantes ont accueilli très favorablement les points soulevés dans notre rapport. En effet, dans l’UE, plusieurs acteurs ont déjà reconnu les liens existant entre les problèmes socioéconomiques et les problèmes environnementaux et font en sorte d’y remédier plus efficacement ensemble pour améliorer le bien-être des Européens. Le lien entre les questions environnementales et les questions sociales est important, comme nous l’avons vu récemment lors des manifestations en France et des grèves des étudiants dans toute l’Europe à propos du changement climatique. L’UE tente de combler les inégalités sociales et économiques grâce à différents programmes, par exemple ses politiques régionales et de cohésion. Ces efforts viennent en complément à d’autres mesures au niveau national et au niveau local.

Aleksandra Kazmierczak

Entretien publié dans le numéro 01/2019 de la lettre d’information de l’AEE de mars 2019

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