25 ans de l’AEE: s’appuyer sur l’expérience acquise pour atteindre la durabilité en Europe

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Article Publié 16/07/2019 Dernière modification 09/08/2019
7 min read
À quoi ressemblera l’environnement en Europe dans 25 ans? Réaliserons-nous notre vision commune de «bien vivre, dans les limites de notre planète»? Serons-nous en mesure de limiter le réchauffement de la planète, de construire des villes résilientes au changement climatique et d’assurer la bonne santé de notre environnement naturel ? Les citoyens européens sont de plus en plus préoccupés, comme l’ont montré les récentes élections au Parlement européen. Les jeunes générations en Europe appellent également à une action urgente, mais comment leurs revendications pour un avenir durable vont elles façonner les politiques environnementales et socio-économiques de l’Europe? À l’occasion de notre 25e anniversaire, nous nous penchons sur l’évolution des connaissances et politiques environnementales européennes lors des 25 dernières années et sur la façon dont nous, l’AEE et nos réseaux, pouvons soutenir les efforts menant à la durabilité lors des 25 prochaines années.

 Image © Rosana Grecchi, Sustainably Yours /EEA

Politiques: des approches ciblées évoluant vers des mesures plus systémiques

La conscience environnementale, et la façon dont elle se traduit dans l’élaboration des politiques, a commencé par l’identification de problématiques bien spécifiques, telles que la pluie acide, la contamination chimique de l’eau ou le déclin rapide des populations d’abeilles et leurs conséquences sur la santé humaine et l’économie. À partir des années 1970, les États membres de l’Union européenne (UE) ont commencé à coordonner leurs efforts, harmonisant de plus en plus leurs politiques, en raison de la reconnaissance croissante du fait que les problèmes environnementaux transfrontaliers, tels que la pollution de l’air ou de l’eau, nécessitent une action commune.

Au cours de cette période de près de 50 ans, les pays de l’UE ont progressivement élargi le champ de leur action collective et augmenté leur niveau d’ambition. Au fur et à mesure que la compréhension des problèmes environnementaux s’est améliorée, il est devenu évident que les préoccupations environnementales devaient être intégrées dans des cadres politiques plus larges, tant au niveau européen que global. Au sein de l’Union européenne, les politiques en matière de climat et d’énergie sont désormais plus étroitement alignées, et les politiques en matière de mobilité s’inscrivent désormais dans une vision à plus long terme pour une économie neutre pour le climat d’ici à 2050.

Pour toute discussion politique, il est apparu de plus en plus clairement qu’il était essentiel, pour la conception et la mise en œuvre de politiques efficaces, de disposer d’informations fiables sur l’environnement.

 

Connaissances: une compréhension de plus en plus large et approfondie

L’Agence européenne pour l’environnement a été créée en 1994[1] pour fournir des informations indépendantes et fiables sur l’environnement en Europe afin de soutenir l’élaboration des politiques en Europe. Cette décision a été prise car toute action conjointe nécessite une compréhension partagée du problème en cause. Sans données complètes et comparables, il est impossible d’élaborer des politiques communes et de suivre les progrès accomplis.

Parallèlement à l’évolution des besoins politiques, de nouveaux domaines ont été ajoutés à notre mandat au fil du temps. La couverture temporelle et spatiale de notre base de connaissances s’est également accrue. Aujourd’hui, les connaissances de l’AEE englobent, d’une part, l’analyse thématique de questions spécifiques, allant de la qualité de l’air, la qualité des eaux de baignade, les changements dans l’occupation des sols et la prévention des déchets jusqu’aux émissions de gaz à effet de serre et de dioxyde de carbone des voitures et camionnettes, et d’autre part, des analyses plus systémiques et transversales sur le climat et l’énergie, le système alimentaire et les vulnérabilités sociales dues à une exposition inégale à des facteurs environnementaux multiples. Tous les cinq ans, nous complétons ces évaluations par notre rapport sur l’environnement en Europe: état et perspectives (SOER), dont l’édition 2020 sera publiée en décembre. Notre évaluation et notre travail sur les connaissances continueront de se développer en même temps que les besoins politiques actuels et émergents.

 

Données et technologies: s’ouvrir au changement et explorer les nouvelles opportunités

A l’origine, la communication de données sur l’état de l’environnement consistait en des documents imprimés et envoyés à l’Agence par courrier ou, un peu plus tard, par fax. Aujourd’hui, les États membres peuvent transmettre directement des quantités massives de données via Reportnet, notre plateforme de déclaration électronique. Une fois la qualité de ces données vérifiées, elles sont mises à la disposition de tous les utilisateurs, qu’il s’agisse d’humains ou de machines.

Une part croissante des données collectées est accompagnée d’informations géospatiales, ce qui nous permet d’observer les changements dans le temps et sur l’ensemble du continent. Nous pouvons maintenant zoomer sur une carte, visualiser les zones protégées du réseau Natura 2000 de l’UE et obtenir des informations sur les espèces protégées qui y vivent. Certaines données sont communiquées et mises à disposition en temps réel. Des milliers de stations de surveillance dans toute l’Europe, mesurant les concentrations de polluants clés dans l’air, sont désormais connectées au même réseau et toutes ces informations sont accessibles au moyen de l’indice européen de la qualité de l’air, notre plateforme commune avec la Commission européenne.

La numérisation et l’internet ont transformé des concepts encore inimaginables il y a 25 ans en des outils aujourd’hui ordinaires. Cette révolution des données environnementales est loin d’être terminée. Copernicus, le programme européen d’observation de la Terre, offre d’innombrables possibilités pour nous aider à surveiller les changements que subit l’environnement en Europe, ceci à un degré de détail et de précision inimaginable il y a 25 ans. De la densité des forêts à l’expansion urbaine, les données satellitaires de Copernicus complètent les observations sur le terrain, ce qui nous permet de mieux comprendre ce qui se passe où et pourquoi.

Compte tenu du nombre de changements intervenus en matière de technologie et de collecte de données au cours des 25 dernières années, il est certain que la technologie, que cela soit sous forme d’intelligence artificielle, de télédétection ou de puissance de traitement sans cesse croissante, continuera de façonner nos connaissances et notre accès à celles-ci.

 

Réseaux humains: expérience, expertise et engagement

L’AEE n’est pas seulement un pôle de connaissances reliant le monde de la science et celui de la politique. Il s’agit également d’une organisation de mise en réseau, qui rassemble des centaines d’acteurs - des agences et des ministères chargés de l’environnement, des administrations publiques et des organismes de recherche -, au sein du réseau européen d’information et d’observation pour l’environnement (Eionet). Ce réseau, regroupant initialement 12 pays de l’UE et quelques dizaines d’employés, comprend aujourd’hui 33 pays membres et 6 pays coopérants dans toute l’Europe, ainsi que des centaines d’employés dévoués et spécialisés dans un vaste éventail de domaines d’expertise. Le réseau EIONET a été déterminant pour mettre en place et garantir des flux de données réguliers dans toute l’Europe. Aujourd’hui, outre son rôle fondamental en matière de données, Eionet fonctionne également comme un réseau de connaissances, qui permet le recueil et partage d’expériences et d’expertises entre ses organisations membres. Ces savoir et savoir-faire collectifs du réseau AEE/Eionet bénéficient également à ses partenaires et à des projets en dehors de l’UE, par exemple les pays du voisinage européen et l’initiative ‘Biosurveillance humaine en Europe’ (HBM4EU).

Ces 25 dernières années, l’environnement, la politique, les connaissances, les données, la technologie et le réseau AEE/Eionet ont tous changé, et tous continueront d’évoluer. Au milieu de ces croissance, innovation et évolution permanentes, une chose demeure inchangée: l’engagement sans faille du personnel de l’Agence et de ses réseaux en vue de l’amélioration de l’environnement et donc de la qualité de vie en Europe et au-delà.

Alors que nous célébrons le 25e anniversaire de l’AEE, c’est avec ces partenaires que nous réfléchirons sur nos contributions passées et futures et sur la manière dont nous pourrons, ensemble, répondre au mieux aux changements et contribuer à la réalisation de l’objectif de durabilité à long terme en Europe.

Notre legs aux générations futures n’a pas à être celui d’une dégradation environnementale que nous aurions échoué à arrêter. Bien au contraire, celui-ci doit naître d’un véritable tournant dans l’histoire où nous avons inversé cette tendance grâce à des actes forts. Lorsque des milliers d’étudiants descendent dans les rues pour réclamer davantage d’action et que la majorité des Européens expriment leur préoccupation au sujet de l’environnement et du changement climatique, il devient évident qu’il est temps de prendre des mesures plus courageuses.

 Hans Bruyninckx

Hans Bruyninckx

Directeur exécutif de l’AEE

Éditorial publié dans le numéro de juin 2019 du bulletin d’information n° 02/2019 de l’AEE



[1] Le règlement portant création de l’Agence européenne pour l’environnement a été adopté en 1990. L’AEE est devenue opérationnelle en 1994.

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