La qualité de l’air reste un sujet d'actualité pour de nombreux européens

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Article Publié 31/01/2017 Dernière modification 22/05/2017
Le mois dernier, l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) a publié son tout dernier rapport «Air quality in Europe», montrant que si la qualité de l’air s’améliore peu à peu, la pollution atmosphérique demeure toutefois le plus grand risque écologique pour la santé en Europe. Nous avons rencontré Aberto González Ortiz, expert de la qualité de l’air à l’AEE, pour discuter des conclusions du rapport et de la façon dont l’imagerie satellite contribue à optimiser la recherche sur la qualité de l’air.

© Simeon Lazarov, Environment & Me /EEA

Quelles sont les principales conclusions du rapport 2016?

Le rapport de cette année souligne la poursuite d’une lente amélioration en ce qui concerne les concentrations de polluants atmosphériques en Europe. Toutefois, nous observons toujours des effets significatifs sur la santé. La pollution de l’air continue d’engendrer une baisse de la qualité de vie du fait des maladies. Notre rapport actualisé fournit une nouvelle estimation des impacts sur la santé des polluants atmosphériques les plus nocifs, tels que les particules PM2.5 , responsables, selon les estimations, de quelque 467 000 décès prématurés par an dans 41 pays européens en 2013.

Les dangers pour la santé de la pollution de l’air sont bien connus grâce à des organisations telle que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et les citoyens européens prennent de plus en plus conscience de la gravité du problème. Nous y sommes exposés au quotidien. On ne la voit pas mais on peut en ressentir l’impact en cas de taux de concentration élevés.

Qu’en est-il du trafic routier et de la pollution atmosphérique en zones urbaines? 

Le rapport met en exergue l’impact du transport routier sur la pollution atmosphérique, qui a fait récemment la une de l’actualité dans plusieurs villes européennes, comme Paris et Londres.

Le transport routier est la cause la plus importante des émissions de dioxyde d’azote (NO2), l’un des principaux polluants nocifs pour la santé, et également un précurseur de l’ozone et des particules qui peuvent se former dans l’air. Le transport est également une source importante de particules primaires, en raison non seulement de la combustion du carburant, mais aussi de l’usure des pneus et des freins; il constitue enfin une source majeure d’émissions de gaz à effet de serre.

Le transport routier occupe une proportion importante de nos espaces publics, engendrant la congestion du trafic par exemple, et génère du bruit. C’est donc un problème multidimensionnel.

Bien évidemment, il ne s’agit pas de remettre en cause le rôle capital du transport et de la mobilité dans notre vie quotidienne, mais nous pourrions nous déplacer de façon plus durable. Nous constatons que de nombreuses villes en Europe prennent d’ores et déjà des mesures afin d'améliorer la durabilité de leurs systèmes de mobilité. Des mesures telles que la mise en place de péages de congestion sont des solutions à court terme; il nous faut donc envisager d’apporter à notre système de transport des changements radicaux et innovants à plus long terme, en vue d’améliorer notre bien-être général.

Les rapports attirent également l’attention sur les émissions des immeubles résidentiels et commerciaux. Dans quelle mesure contribuent-elles à la pollution de l’air? 

Les poêles à bois et les cheminées constituent un problème bien plus important qu'on ne le pense, notamment en période hivernale. De nombreuses familles, notamment dans le nord et l'est de l'Europe, allument leurs cheminées ou poêles à bois, lesquels dégagent une grande quantité de PM2.5. Les appareils de chauffage à combustion, tous types confondus, des ménages et des bâtiments commerciaux et institutionnels, sont effectivement la principale cause des émissions de PM2.5. Ils représentent plus de la moitié des émissions totales de PM2.5 au niveau européen.

Un autre problème en hiver est dû au fait que, par temps calme, ces émissions ont tendance à rester en suspension à proximité du sol à cause de l’inversion thermique. Dans ces conditions, l’air froid reste dans les couches inférieures de l’atmosphère. Ces couches qui sont plus épaisses empêchent le mélange et la dispersion des émissions dans les couches supérieures, de sorte que la pollution reste près du sol.

Que fait l’AEE en vue d’améliorer la qualité de l’air en Europe?

L’une des principales contributions de l’AEE consiste à fournir les connaissances et les données nécessaires pour aider les responsables politiques à prendre des décisions éclairées sur la qualité de l’air. Nos travaux contribuent également à sensibiliser le public à ce problème, ce qui constitue un aspect tout aussi important.

Nous collectons des données officielles sur la pollution atmosphérique des différents pays européens, que nous exploitons en vue d’effectuer nos évaluations régulières de la qualité de l’air à travers des indicateurs et des rapports . Nous partageons nos données sur la pollution atmosphérique avec de nombreuses autres parties prenantes, y compris le grand public, les autorités nationales ou régionales et le programme Copernicus de l'UE pour l’observation et la surveillance de la Terre basé sur les données satellitaires. Et nous participons régulièrement à des séminaires, des conférences et des réunions dans toute l’Europe et dans le monde entier, pour échanger et discuter de ces problématiques et de nos résultats, encourageant ainsi les décideurs politiques à agir dans ce domaine. La pollution atmosphérique concerne un vaste éventail de domaines politiques, et l’une de nos priorités consiste donc à promouvoir des mesures et des politiques transsectorielles intégrées.

De nouvelles technologies sont-elles utilisées pour améliorer la surveillance de la pollution de l’air?

La grande majorité de nos données est collectée à l’aide de stations fixes de surveillance de la qualité de l'air, qui sont exploitées par les autorités locales et nationales de nos pays membres. Toutefois, nous assistons actuellement à l’émergence d’autres technologies, notamment la collecte de données satellite dans le cadre du programme Copernicus de l’UE. C’est une évolution relativement récente. L’AEE travaille avec les services atmosphériques du programme Copernicus, et au sein de l’équipe sur la qualité de l’air de l’AEE, nous utilisons également certaines de ces données pour notre travail. En combinant les informations transmises par les satellites avec les données de modélisation, nous pouvons mieux comprendre la répartition spatiale des concentrations de polluants. Au lieu de recevoir des données de seulement certaines stations de mesure, avec une certaine fréquence, nous obtenons un tableau bien plus étendu. Mais il est indispensable de valider les résultats des modèles à l’aide d’observations en conditions réelles, d’où la grande importance des données reçues des différents États membres par l’AEE.

Nous commençons à voir également aujourd’hui des initiatives de surveillance de la pollution atmosphérique à l’aide de capteurs, organisées par des citoyens ou des communautés locales. Il s'agit d'une nouvelle source d’informations, mais la précision de ces dispositifs doit s’améliorer, car ils ne sont pas encore totalement fiables. Cette technologie émergente offre un moyen efficace de sensibilisation du public et de mobilisation pour la lutte contre la pollution de l’air. Un jour ou l’autre, elle pourrait devenir une source d’information complémentaire très utile.

 

Alberto González Ortiz

Interview publiée dans l'édition n°2016/4 de la lettre d'information de l'AEE, décembre 2016

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