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Chaque inspiration compte - Qualité de l'air en Europe

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Les personnages de cette histoire sont fictifs, mais les données sont réelles. Le récit débute le 27 juillet 2008 lors de la diffusion d'un avertissement sur la qualité de l'air à Bruxelles.

Anna a 37 ans et vit dans le centre de Bruxelles. Elle et son jeune fils, Johan, envisagent une balade hors de cette ville bruyante. Anna souffre d'asthme et son médecin l'a mise en garde contre les dangers de la pollution de l'air, notamment lors des chaudes journées d'été.

Anna a entendu parler des brouillards londoniens des années 50 qui ont tué 2 000 personnes en une semaine. Elle se souvient, dans son enfance, de bulletins d'information du soir où l'on montrait des poissons morts et des arbres en train de dépérir lorsque le public a découvert les « pluies acides » dans les années 70.

Sa maternité ainsi qu’une récente crise d'asthme lui ont rappelé à juste titre la pollution de l'air. En fait, les émissions de nombreux polluants atmosphériques ont sensiblement chuté en Europe depuis l'enfance d'Anna. L'air que Johan et elle respirent est bien meilleur que par le passé et la politique de l'air est l'une des grandes réussites des efforts environnementaux de l'UE. La politique communautaire a surtout permis de réduire sensiblement les émissions de soufre, le principal composant des « pluies acides ».

En revanche, l'azote (également un composant majeur des « pluies acides ») n'a pas fait l'objet des mêmes mesures et continue d'occasionner de graves problèmes. Une part importante de la population urbaine européenne vit toujours dans des villes où les limites pour la qualité de l'air imposées par l'UE, en vue de protéger la santé humaine, sont régulièrement dépassées. Chaque année, le nombre de personnes mourant prématurément de la pollution de l'air en Europe est supérieur au nombre de celles périssant dans des accidents de la circulation.

L'objectif européen consistant à atteindre des niveaux de qualité de l'air sans danger pour la santé humaine ou l'environnement n'a pas encore été satisfait. Selon l'analyse de l'AEE, 15 des 27 États membres ne parviendront pas à atteindre un ou plusieurs de leurs objectifs légalement contraignants visant à réduire les émissions de polluants atmosphériques nocifs d'ici à 2010.

Particules et ozone

Deux polluants, les particules fines et l'ozone au niveau du sol, sont désormais généralement reconnus comme les plus significatifs en termes d'impact sur la santé. Une exposition maximale et à long terme peut entraîner divers effets sur la santé, allant d'irritations mineures du système respiratoire, à la mort prématurée.

Les particules, un terme utilisé pour décrire diverses particules minuscules provenant de sources telles que les échappements des véhicules et les chauffages domestiques, ont un effet sur les poumons. L'exposition peut affecter les personnes de tous âges, mais celles souffrant déjà de problèmes cardiaques et respiratoires sont particulièrement menacées.

Selon les dernières données de l'AEE, jusqu'à 50% de la population urbaine européenne aurait été exposée, depuis 1997, à des concentrations de particules supérieures aux limites fixées par l'UE pour protéger la santé humaine. Pas moins de 61% de la population urbaine aurait été exposée à des niveaux d'ozone supérieurs aux valeurs cibles de l'UE. Selon des estimations, les PM2.5 (les particules fines) dans l'air ont réduit l'espérance de vie statistique dans l'UE d’environ neuf mois.

L'AEE a noté qu'en dépit d'une chute des émissions de ces deux principaux polluants atmosphériques depuis 1997, les concentrations mesurées dans l'air que nous respirons sont largement restées identiques. Pour l'instant, nous ignorons la raison de l'absence de baisse des concentrations ambiantes, mais il pourrait s'agir d'une combinaison de plusieurs facteurs : l'augmentation des températures due au changement climatique pourrait affecter la qualité de l'air; peut-être sommes-nous les récepteurs de la pollution provenant d'autres continents ou des émissions naturelles des substances productives d’ozone dégagées par les arbres, par exemple.

Une journée à la campagne

Anna prévoit de passer une journée à la campagne avec Johan. Avant de quitter son appartement, elle se connecte à CELINE, un service web gouvernemental qui fournit une foule d'informations régulières sur la qualité de l'air en Belgique. À l'aide de cartes, Anna peut prendre connaissance de relevés et de prévisions concernant les particules, l'ozone, le dioxyde d'azote, le dioxyde de soufre, etc. Les données sont envoyées sur le web par des stations de surveillance déployées dans le pays.

L'amélioration de la surveillance et de la disponibilité des informations sur la pollution de l'air constitue une autre réussite de ces dernières années. Par exemple, les données locales sur les niveaux d'ozone sont désormais transmises au service web de l'AEE consacré à l'ozone (1) qui donne un aperçu de la situation en Europe.

Anna fait défiler une carte de Belgique et effectue un zoom sur une station de surveillance au centre de Bruxelles, à moins de deux kilomètres de chez elle.

Le relevé, effectué quelques minutes plus tôt, indique des niveaux élevés d'ozone à Bruxelles. En effet, le site web prévoit un dépassement des valeurs cibles de l'UE plus tard dans la journée et de nouveau le lendemain (figure 1).

Anna quitte son immeuble et se dirige vers la station de métro suivante, à 10 minutes de marche. Dans la rue, l'impact global des problèmes de circulation de la ville est facile à vérifier... et à sentir.

Les émissions de gaz d'échappement des véhicules dans le centre de Bruxelles, et dans toutes les grandes villes, irritent les voies respiratoires, les yeux et les poumons. Anna et Johan se rendent dans la gare la plus proche, direction la campagne.

Anna et Johan arrivent bientôt dans un parc national situé juste à l'extérieur de Bruxelles. Un panneau leur indique qu'ils visitent un site Natura 2000, qui fait partie d'un réseau écologique à l'échelle européenne, créé pour protéger les habitats naturels et préserver la diversité végétale et animale.

Fig. 1 / L'emplacement et les niveaux d'ozone aux stations de surveillance de la qualité de l'air à Bruxelles le dimanche 27 juillet 2008. Lorsque le relevé d'ozone dépasse les niveaux sains, un triangle rouge est affiché. Le gouvernement local doit alors en informer la population et proposer des mesures de précaution. Source : AEE, 2008.

Azote

Mais quelle est cette odeur ? Un tracteur est en train de répandre du purin sur un champ voisin. C'est irritant, pense Anna, mais cela fait également partie de la vraie vie campagnarde, illustrée de manière beaucoup plus romantique dans les livres d'images de Johan.

Pas moins de 40 substances chimiques différentes provenant du purin sont à l'origine de cette odeur âcre. L'ammoniac (NH3), un composé azoté volatile, est l'un d'entre eux. À très fortes concentrations, le NH3 est néfaste et peut endommager les voies respiratoires. Dans ce cas, les niveaux ne sont toutefois pas dangereux pour la santé humaine. Anna peut pousser un soupir de soulagement, même si l'air est malodorant.

L'azote est un nutriment essentiel dans la nature. Notre organisme utilise en fait des formes d'azote réactif pour produire des protéines. Toutefois, un excès d'azote peut entraîner de graves problèmes environnementaux et sanitaires.

Les « pluies acides » se forment en présence de niveaux élevés de soufre et d'oxyde d'azote dans l'air. La réduction massive des émissions de dioxyde de soufre constitue l'une des grandes réussites de la politique en matière de pollution de l'air au cours de ces dernières décennies. Les 32 pays membres de l'AEE ont réduit leurs émissions de soufre de 70% entre 1990 et 2006. Les composés azotés, en revanche, n'ont pas bénéficié du même traitement.

Les émissions de soufre diminuant, l'azote est désormais le principal composant acidifiant de l'air. L'agriculture et les transports constituent les principales sources de pollution par l'azote. L'agriculture est responsable, à elle seule, de plus de 90% des émissions d'ammoniac (NH3).

Soudain, Johan, qui marchait de façon mal assurée, perd l'équilibre et tombe dans une touffe de grandes orties. Après l’avoir relevé et brossé, Anna remarque la présence d'orties partout. Elle en a de saisissants souvenirs d'enfance dans le jardin d'un voisin. À l'époque, les orties poussaient autour d'un tas de compost, également utilisé pour jeter le fumier de poule.

Ce n'était pas une coïncidence : la grande ortie est un indicateur de la présence de concentrations élevées d'azote dans les sols.

L'« eutrophisation » est la cause la plus probable de cette explosion de grandes orties entourant Johan. Ce phénomène se produit lorsque les nutriments chimiques (tels que l’azote N) existants sont trop nombreux dans un écosystème terrestre ou aquatique. Dans l'eau, l'on assiste à une croissance excessive des plantes et à leur pourrissement ultérieur, ce qui, à son tour, engendre d'autres effets, dont la raréfaction de l'oxygène. Les poissons ainsi que d'autres animaux et plantes finissent par étouffer à mesure de l'épuisement des réserves d'oxygène.

L'abondance d'orties dans ce lieu indique que même s'il s'agit d'un habitat protégé, ce site Natura 2000 n'est pas immunisé contre les dépôts d'azote en suspension dans l'air. La barrière protégeant le site n'offre aucune défense. En fait, la construction d'une serre autour du site constituerait le seul moyen de le protéger totalement contre les substances en suspension dans l'air.

Les efforts d'atténuation du changement climatique amélioreront la qualité de l'air

En janvier 2008, la Commission Européenne a proposé un paquet « climat et énergie » visant à :

  • réduire de 20% les émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020;
  • augmenter de 20% la part des énergies renouvelables d'ici à 2020;
  • améliorer de 20% l'efficacité énergétique d'ici à 2020.

Les efforts nécessaires pour atteindre ces objectifs permettront également de réduire la pollution de l'air en Europe. Par exemple, l'amélioration de l'efficacité énergétique et l'augmentation de l'utilisation des énergies renouvelables engendreront toutes deux une réduction des émissions résultant de la combustion des combustibles fossiles, l'une des principales sources de la pollution de l'air. Ces effets secondaires positifs sont désignés sous le terme de « co-bénéfices » de la politique relative au changement climatique.

Il est estimé que le paquet susmentionné devrait permettre une réduction du coût lié à l’atteinte des objectifs de l'UE en matière de pollution de l'air de 8,5 milliards EUR par an. Les économies pour les services de santé européens pourraient représenter six fois ce montant.

Perspectives d'avenir

La pollution de l'air faisant fi des frontières nationales, le problème doit être abordé à l'échelle internationale. Signée par 51 pays, la Convention des Nations unies de 1979 sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance (Convention LRTAP) constitue la base de la lutte internationale contre la pollution de l'air.

En parallèle, l'UE a élaboré des politiques limitant les émissions totales de chaque État membre et définissant des limites légalement contraignantes. La « directive fixant des plafonds d'émission nationaux » (directive PEN) est une politique clé de l'UE. Elle définit des « plafonds » ou limites d’émission pour quatre polluants : le dioxyde de soufre (SO2), les oxydes d'azote (NOX), les composés organiques volatils non méthaniques (COV-NM) et l'ammoniac (NH3). Les États membres doivent atteindre ces plafonds d'ici à 2010.

L'AEE estime que de nouvelles réductions d'émissions sont toujours nécessaires pour assurer une protection adéquate de l'environnement et de la santé. Une analyse par l'AEE des données les plus récentes de la directive PEN (2) indique que 15 États membres devraient échouer concernant l'un au moins de leurs quatre plafonds; 13 d'entre eux prévoient de manquer les plafonds relatifs aux 2 polluants à base d'azote, à savoir NOX et NH3 (3).

En 2009, la Commission européenne prévoit de publier une proposition visant à réviser la directive PEN en vigueur pour y inclure des plafonds plus stricts pour 2020. Pour la première fois, des limites nationales devraient être proposées pour les particules fines (PM2.5).

La directive PEN fait partie des directives sur la qualité de l'air qui fixent des limites et des valeurs cibles pour les principaux polluants atmosphériques. Parmi celles-ci, une nouvelle directive, baptisée CAFE (Air pur pour l'Europe), a été adoptée en avril 2008. Pour la première fois, elle fixe des valeurs limites légalement contraignantes pour les concentrations de PM2.5 (particules fines) qui doivent être atteintes d'ici à 2015. La Commission Européenne dénonce également les pays qui n’ont pas atteints les limites précédentes et a engagé des procédures en manquement lorsque des mesures suffisantes n'ont pas été définies pour améliorer les résultats.

Plus tard dans la soirée, Anna constate, en regardant les actualités télévisées, que le gouvernement a émis une recommandation sur la qualité de l'air en réponse aux niveaux d'ozone élevés dépassant le seuil européen. Cette recommandation conseille aux personnes souffrant de problèmes respiratoires de prendre des précautions, comme éviter les exercices fatigants, tant que les niveaux d'ozone demeurent élevés.

 

Références

Centre de coordination des effets, centre de données du Programme international concerté de modélisation et la cartographie des niveaux et charges critiques ainsi que des effets, risques et tendances de la pollution atmosphérique (PIC — Modélisation et cartographie, ICP M&M).

Directive 2008/50/CE du Parlement européen et du Conseil du 21 mai 2008 concernant la qualité de l'air ambiant et un air pur pour l'Europe.

AEE, 2006. Air quality and ancillary benefits of climate change policies (Qualité de l'air et avantages accessoires des politiques relatives au changement climatique), Rapport technique de l'AEE n° 4/2006.

AAE, 2008a. The NEC Directive status report (Rapport d'état sur la directive PEN). Rapport technique de l'AEE n° 9/2008.

AEE, 2008b. Annual European CommunityLRTAP Convention emission inventory report 2008 (Rapport d'inventaire annuel 2008 sur les émissions dans la Communauté européenne dans le cadre de la Convention LRTAP). Rapport technique de l'AEE n° 7/2008.

AEE, 2009. Assessment of ground-level ozone within the EEA member countries with focus on long-term trends (Évaluation de l'ozone au niveau du sol au sein des pays membres de l'AEE avec une attention particulière aux tendances à long terme) (en préparation).

AEE. Indicateur de base CSI-04 : Dépassements des valeurs limites pour la qualité de l'air dans les zones urbaines.

Service web de l'AEE consacré à l'ozone. Ozone pollution across Europe (Pollution par l'ozone en Europe) .

Commission européenne, 2002. Sixième programme d'action pour l'environnement de la Communauté européenne 2002–2012 (1600/2002/CE).

Commission Européenne, 2005a. Direction générale Énergie et transports.

Commission européenne. Stratégie thématique sur la pollution atmosphérique (2005). Communication de la Commission au Conseil et au Parlement européen. COM(2005)446 final et communiqué de presse.

Commission Européenne, 2005b. Stratégie thématique sur la pollution atmosphérique (2005). Communication de la Commission au Conseil et au Parlement européen. COM(2005)446 final.

IIASA, 2008. « National Emission Ceilings for 2020 based on the 2008 Climate & Energy Package » (Plafonds d'émission nationaux pour 2020 sur la base du paquet climat et énergie de 2008). NEC Scenario Analysis Report Nr. 6 (Scénarios NEC — Rapport d'analyse n°6). International Institute for Applied Systems Analysis, juillet 2008.

Équipe spéciale sur l'azote réactif (TFNr), Convention sur la pollution atmosphérique transfrontière à longue distance.

 

(1) Ozone pollution across Europe (Pollution par l’ozone en Europe) : http://www.eea.europa.eu/maps/ozone. Un service similaire, fournissant des informations locales sur les niveaux de particules en Europe, est en cours de développement.

(2) Le NEC Directive status report (Rapport d’état sur la directive PEN) (Rapport technique de l’AEE n° 9/2008) documente les données officielles transmises par les États membres à la fin 2007.

(3) La Belgique, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas estiment que les nouvelles politiques et mesures, pas encore promulguées, les aideront à atteindre leurs plafonds d’émissions pour 2010. En outre, plusieurs autres États membres pensent qu’ils dépasseront leurs plafonds initiaux.

 

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