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Vivre en bonne santé dans un monde chimique

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Article Publié 02/03/2021 Dernière modification 17/05/2021
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Photo: © Kai Dahms, Unsplash
Il nous est possible de classer la pollution en fonction de l’endroit où nous la décelons (dans le sol, l’eau ou l’air) ou d’examiner les différents types de pollution, tels que celle occasionnée par les produits chimiques. Les substances chimiques de synthèse sont partout autour de nous. Toutefois, certaines d’entre elles peuvent également être très nocives pour notre santé et l’environnement. Comment pouvons-nous limiter les effets négatifs des substances chimiques qui font désormais partie de notre mode de vie actuel ?

Chaque jour, nous sommes entourés de centaines, voire de milliers de substances chimiques de synthèse. On les trouve dans notre nourriture, nos vêtements, nos outils, nos meubles, nos jouets, nos cosmétiques et nos médicaments. En l’absence de ces substances, notre société ne serait pas la même. Néanmoins, malgré leur utilité, nous savons que nombre de ces substances peuvent avoir des incidences négatives sur notre santé et l’environnement.

Selon certaines estimations, 6 % environ de la charge de morbidité mondiale (y compris les maladies chroniques, cancers et troubles neurologiques et du développement) et 8 % des décès peuvent être attribués aux substances chimiques. Qui plus est, ces chiffres pourraient être en hausse et ne prennent en considération qu’un petit nombre de substances chimiques dont l’effet sur la santé est bien établi.

Des cocktails dangereux et des « substances chimiques éternelles »

Plus de 300 millions de tonnes de substances chimiques ont été consommées dans l’UE en 2018, et plus des deux tiers de cette quantité étaient des substances chimiques classées comme dangereuses pour la santé, selon Eurostat. Plus de 20 000 substances chimiques différentes ont été enregistrées dans l’UE en vertu du règlement sur l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques, ainsi que sur les restrictions applicables à ces substances (REACH).

Dans la mesure où ces chiffres ne cessent d’augmenter, il est de plus en plus difficile d’évaluer au cas par cas tous les effets que les substances chimiques ont sur notre santé et sur l’environnement. Jusqu’à présent, la plupart des études ont porté sur les effets d’une seule substance chimique et sur ses seuils sans risque, or les individus sont constamment exposés à un mélange de substances chimiques. Cette exposition combinée peut entraîner des effets sur la santé, même si les substances individuelles qui composent le mélange ne dépassent pas les seuils d’existence d’un risque.

En outre, les substances chimiques persistantes peuvent s’accumuler dans les tissus humains, entraînant des effets néfastes pour la santé à la suite d’une exposition à long terme. Par exemple, les substances alkyles per- et polyfluorées (SPFA) sont un groupe de près de 5 000 substances chimiques couramment utilisées qui peuvent s’accumuler au fil du temps dans l’organisme des hommes et dans l’environnement. Elles sont un exemple de polluants organiques persistants, de substances chimiques dites « éternelles ».

Les personnes sont principalement exposées aux SPFA à travers l’eau potable, les aliments et les emballages alimentaires, la poussière, les cosmétiques, les textiles revêtus de SPFA et d’autres produits de consommation. L’exposition humaine aux SPFA peut notamment provoquer un cancer du rein, un cancer des testicules, une maladie thyroïdienne, des lésions hépatiques et une série d’effets sur le développement des fœtus.

L’utilisation de produits et de matériaux de cuisson sans SPFA contribue à réduire l’exposition. Des orientations générales et spécifiques sur la manière de trouver des alternatives exemptes de SPFA sont souvent fournies par les organisations de consommateurs et les institutions nationales travaillant sur l’environnement, la santé ou les produits chimiques.

Le principe de précaution

Si l’on devait traduire la notion de « principe de précaution » par des termes du langage courant, l’expression « mieux vaut prévenir que guérir » serait celle qui conviendrait le mieux. Elle signifie que lorsque les preuves scientifiques ne sont pas bien établies et qu’il existe des motifs raisonnables de s’inquiéter du danger, les décideurs ne doivent pas s’interdire une prudence qui pourrait paraître excessive mais doivent au contraire éviter les risques. S’agissant des substances chimiques, le développement de nouvelles substances s’effectue plus rapidement que la recherche sur leurs effets négatifs. C’est la raison pour laquelle il est important de faire montre de prudence.

En savoir plus sur le principe de précaution :

Communication de la Commission sur le recours au principe de précaution.

Signaux précoces et leçons tardives de l’AEE, volume II.

 

Perturbateurs endocriniens

Certaines substances chimiques interfèrent avec le fonctionnement du système hormonal de l’organisme. L’exposition à ce que l’on appelle les perturbateurs endocriniens peut provoquer tout un éventail de problèmes de santé, allant des troubles du développement, de l’obésité et du diabète à l’infécondité chez les hommes et à la mortalité associée à des niveaux de testostérone réduits. Les fœtus, les jeunes enfants et les adolescents sont particulièrement vulnérables aux perturbateurs endocriniens.

Près de 800 substances sont connues ou soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens et nombre d’entre elles sont présentes dans des produits de la vie quotidienne, notamment dans les boîtes de conserve en métal, les plastiques, les pesticides, la nourriture et les cosmétiques.

Parmi les perturbateurs endocriniens, on retrouve le bisphénol A (BPA), les dioxines, les biphényles polychlorés (PCB) et certains types de phtalates. Ces derniers, par exemple, sont utilisés pour assouplir le plastique en vue de son utilisation dans tout un éventail de biens de consommation, tels que les revêtements de sol en vinyle, les adhésifs, les détergents, les désodorisants, les huiles lubrifiantes, les emballages alimentaires, les vêtements, les produits de soins individuels et les jouets.

La consommation de nourriture et de boissons provenant de conditionnements contenant des phtalates constitue l’une des voies d’exposition. L’inhalation de la poussière présente à l’intérieur des espaces de vie contaminée par des phtalates libérés par les produits en plastique ou des meubles en polychlorure de vinyle (PVC) en est une autre - l’une des raisons pour lesquelles il est important d’aérer régulièrement nos pièces. Les enfants qui jouent avec des jouets contenant ces substances sont également exposés au risque et, comme les phtalates peuvent également se trouver dans les produits de consommation, tels que les savons et les crèmes solaires, l’exposition peut également se faire par la peau.

L’UE a adopté des mesures visant à réduire l’exposition des personnes aux phtalates en interdisant l’utilisation de certaines de ces substances et en limitant l’utilisation d’autres substances dans les jouets, les cosmétiques et les contenants alimentaires. Cependant, les produits et les meubles anciens peuvent contenir des phtalates qui sont désormais interdits, de sorte qu’ils restent toujours présents dans notre environnement quotidien.

 

Des substitutions regrettables

Les substances chimiques considérées comme dangereuses ont parfois été remplacées par d’autres substances, présentant une structure similaire, dont la toxicité de niveau égal n’a été prouvée que plus tard. Ces cas sont appelés des « substitutions regrettables », comme cela est le cas de la substitution du bisphénol A, une substance chimique auparavant employée dans de nombreux articles en plastique et dans le papier d’impression thermique, par les bisphénols S et F.

Qui plus est, un récent projet d’inspection de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) a montré que certains produits importés de pays tiers peuvent encore contenir des phtalates. Ces dernières années, la Chine a instauré des restrictions sur certains phtalates dans les jouets et les matériaux en contact avec les aliments, mais on trouve encore des phtalates réglementés dans de nombreux produits importés dans l’UE en provenance de Chine et d’autres destinations, parfois inconnues.

Des efforts concertés ont permis de réduire la présence de polluants organiques persistants, tels que les dioxines, les PCB et l’atrazine, présents dans l’environnement européen depuis 1970, mais leur persistance et le fait qu’ils s’accumulent dans la chaîne alimentaire, notamment dans les graisses animales, continuent de susciter des inquiétudes. Autre préoccupation toutefois : le fait que certaines substances ont été remplacées par d’autres produits chimiques tout aussi toxiques.

Les substances chimiques que nous ingérons

Les pesticides sont un autre groupe de substances chimiques qui peuvent nuire à notre santé, principalement en raison de la consommation de légumes et de fruits qui ont été en contact avec eux. Les enfants sont particulièrement vulnérables, notamment parce qu’ils consomment proportionnellement plus de nourriture par kilogramme de poids corporel que les adultes. Si la consommation de produits biologiques peut réduire cette charge de pesticides, tout le monde ne peut cependant pas se la permettre.

L’UE réglemente les pesticides en vertu du règlement sur les produits phytopharmaceutiques et fixe des limites pour l’utilisation sans risque des résidus de pesticides contenus dans les denrées alimentaires et l’alimentation animale. Les dernières informations de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) montrent que 95,5 % des échantillons de denrées alimentaires prélevés dans l’UE en 2018 étaient conformes aux limites légales. Les raisins de table et les poivrons figurent parmi les denrées alimentaires dont le niveau de résidus dépasse le plus souvent le niveau légal. Toutefois, d’après les échantillons analysés, qui incluaient à la fois des produits ordinaires et biologiques, la probabilité que les citoyens européens soient exposés à des niveaux dangereux de résidus de pesticides est considérée comme faible.

Toutes les substances chimiques nocives pour notre santé ne sont pas nouvelles. Par exemple, le mercure est naturellement présent dans l’environnement et est libéré dans l’air et l’eau par l’activité humaine depuis des siècles. Cependant, nous savons aujourd’hui que l’ingestion de mercure peut affecter le système nerveux, les reins et les poumons, et que toute exposition pendant la grossesse peut nuire au développement du fœtus.

L’exposition au mercure se fait principalement par la consommation de gros poissons prédateurs, tels que le thon, le requin, l’espadon, le brochet, le sandre, l’anguille et le marlin. Cela signifie également qu’il est possible de limiter l’exposition par des choix alimentaires, ce qui est particulièrement important pour les groupes vulnérables, comme les femmes enceintes et les jeunes enfants.

Pour obtenir une image plus complète de l’exposition humaine aux substances chimiques, il est nécessaire de disposer de données sur ce que contient notre organisme. Cela comprend les substances chimiques que nous mangeons ainsi que celles qui pénètrent dans notre corps par d’autres voies d’exposition. Ces types de données de biosurveillance humaine peuvent être utilisés pour améliorer les évaluations des risques chimiques en fournissant des informations sur l’exposition humaine réelle par de multiples voies d’exposition.

La biosurveillance humaine : mesurer notre exposition aux substances chimiques

La biosurveillance humaine mesure l’exposition des individus aux substances chimiques en analysant les substances elles-mêmes, leurs métabolites ou les marqueurs des effets ultérieurs sur la santé dans les urines, le sang, les cheveux ou les tissus. Les informations sur l’exposition humaine peuvent être associées aux données sur les sources et les enquêtes épidémiologiques, afin d’éclairer la recherche sur les relations exposition/réponse chez l’homme.

L’initiative européenne de biosurveillance humaine, HBM4EU, lancée en 2017 et cofinancée dans le cadre du programme Horizon 2020, traduit un effort conjoint de 30 pays, de l’AEE et de la Commission européenne. L’objectif principal de cette initiative est de coordonner et de promouvoir la biosurveillance humaine en Europe. HBM4EU apportera de meilleurs éléments probants sur l’exposition effective des citoyens aux substances chimiques et ses effets potentiels sur la santé, afin de soutenir l’élaboration de politiques. Le projet a également mis en place des groupes de discussion pour comprendre le point de vue des citoyens européens sur l’exposition aux produits chimiques et la biosurveillance humaine.

Dans le cadre de HBM4EU, des efforts sont en cours pour générer des ensembles de données solides et cohérentes sur l’exposition de la population européenne aux substances chimiques préoccupantes. Il s’agit notamment de produire des données concernant l’exposition à 16 groupes de substances, des mélanges de substances chimiques et des produits chimiques émergents, ainsi que d’étudier les voies d’exposition et de relier l’exposition aux effets sur la santé.

Consulter : www.hbm4eu.eu

Vers un environnement chimique plus sûr

L’UE dispose des règles les plus strictes et les plus avancées au monde en matière de produits chimiques. Le règlement REACH constitue la pièce maîtresse de la législation qui vise à protéger la santé humaine et l’environnement, et l’UE a instauré des règles pour la classification, l’étiquetage et l’emballage des substances chimiques.

Effets chimiques sur la nature

Les substances chimiques de synthèse libérées dans la nature peuvent affecter les plantes et les animaux. Par exemple, les néonicotinoïdes sont un type d’insecticide utilisé dans l’agriculture pour lutter contre les parasites qui présentent des risques pour les abeilles, or les abeilles sont des pollinisateurs importants qui contribuent à la production alimentaire. Les pesticides peuvent également affecter les populations de poissons et d’oiseaux ainsi que des chaînes alimentaires entières. En 2013, la Commission européenne a restreint de manière drastique l’utilisation de produits phytopharmaceutiques et de semences traitées contenant certains néonicotinoïdes dans le but de protéger les abeilles.

L’UE dispose d’un corpus législatif pour réglementer les substances chimiques contenues dans les détergents, les biocides, les produits phytopharmaceutiques et les produits pharmaceutiques. Les politiques restreignent l’utilisation de substances chimiques dangereuses dans les produits de soins individuels, les cosmétiques, les textiles, les appareils électroniques et les matériaux en contact avec les denrées alimentaires. Des limites ont également été définies pour les substances chimiques présentes dans l’air, la nourriture et l’eau potable. La législation aborde les émissions de sources ponctuelles provenant d’installations industrielles et de stations d’épuration des eaux usées urbaines.

Il est cependant possible d’améliorer la situation pour créer un environnement moins toxique. Par ailleurs, le Pacte Vert pour l’Europe vise à protéger davantage les citoyens contre les substances chimiques dangereuses grâce à une nouvelle stratégie en matière de produits chimiques et en faisant progresser l’UE vers son objectif de pollution zéro.

 

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