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Vers une pollution zéro en Europe

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Article Publié 02/03/2021 Dernière modification 08/04/2021
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Photo: © Terezie Polívková, REDISCOVER Nature/EEA
Au printemps dernier, un coronavirus a bouleversé le monde en l’espace de quelques semaines seulement. De nombreuses choses que nous pensions acquises ne nous étaient soudainement plus accessibles. La pandémie a pris le monde par surprise. Toutefois, si interrogé à ce sujet, tout scientifique actif dans un domaine en lien avec les maladies infectieuses vous aurait répondu que ce n’était qu’une question de temps.

On ne peut s’empêcher d’établir des parallèles entre cette pandémie, la crise du changement climatique et celle de la biodiversité. Les scientifiques nous avaient mis en garde contre une pandémie, certains scénarios assez précis avaient été communiqués, mais personne ne savait exactement comment elle allait se dérouler.

Il nous est impossible de brosser un tableau précis d’une planète dont la température aurait augmenté de deux ou quatre degrés. Nous ne savons pas avec exactitude quel sera le point de non-retour pour des écosystèmes entiers. Ce que nous savons, en revanche, c’est qu’à défaut d’adopter des mesures décisives et de tendre vers des transitions systémiques, les perspectives ne sont pas positives et le temps nous est compté. Nous espérons qu’il soit possible de maîtriser une pandémie dans un laps de temps relativement court. En revanche, il pourrait se révéler beaucoup plus difficile de remédier aux dommages occasionés suite à un point rupture dans le changement climatique ou dans la dégradation de la nature.

Les liens entre ces crises rapides et lentes et la pollution sont clairs. La réduction de la pollution atmosphérique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre vont presque toujours de pair. L’enraiement de la pollution des eaux et des sols serait bénéfique pour la nature. Une modération de notre exploitation des ressources et une conversion à une économie circulaire permettraient également de réduire la pollution.

Nombreuses sont les autorités sanitaires qui ont mis en garde sur le fait que les citoyens présentant certaines affections préexistantes pourraient être plus vulnérables à la COVID-19. Ces affections préexistantes incluent les maladies respiratoires, qui sont, dans certains cas, une conséquence de la mauvaise qualité de l’air ou exacerbées par celle-ci.

Suite à des mesures de confinement rigoureuses, les concentrations de certains des principaux polluants atmosphériques ont chuté de façon spectaculaire dans de nombreuses villes européennes. Ces chocs n’étaient pas souhaités: ils ne constituent pas un modèle de transition qui soit judicieusement géré, mais ils ont montré qu’il est possible d’améliorer radicalement la qualité de l’air dans les villes en réduisant la circulation automobile et en modifiant nos habitudes de mobilité actuelles. 

Les êtres humains et les institutions que nous avons établies sont configurés pour faire face efficacement aux dangers visibles et actuels. Les catastrophes indécryptables, invisibles ou à évolution lente sont plus difficiles à appréhender et à affronter. La pollution représente l’un de ces défis.

Dans la plupart des régions d’Europe, la pollution de l’air ne se manifeste ni dans son aspect, ni par sa perception tactile, ni par son odeur ou son goût. Cependant, chaque année, la mauvaise qualité de l’air provoque le décès prématuré de près d’un demi-million d’Européens. De manière générale, la consommation de l’eau de distribution ne présente aucun risque en Europe. Nous pouvons pratiquer la pêche et la baignade dans nombre de nos rivières, lacs et zones côtières. Toutefois, de nombreux

plans d’eau européens ne sont pas en bon état. Les sols européens présentent encore les stigmates de pollutions générées il y a plusieurs décennies voire plusieurs siècles.

Les problématiques sont évidentes, rappelonsnous aussi que les actions et les politiques visant à lutter contre la pollution ont apporté des progrès notables. Le nombre d’Européens décédant prématurément en raison de la mauvaise qualité de l’air est inférieur à la moitié des taux recensés au début des années 1990. L’industrie européenne devient plus propre, ce qui entraîne une réduction des émissions dans l’atmosphère et rejets dans les eaux. Le traitement techniquement avancé des eaux usées bénéficie à des communautés de plus en plus nombreuses. Nos pratiques agricoles évoluent lentement.

Il n’en reste pas moins que nous pouvons et devons faire bien davantage. Cela nécessitera une mise en œuvre plus adéquate des politiques existantes ainsi que la définition d’objectifs ambitieux balisant la voie vers une empreinte neutre en termes de climat, une disparition de la pollution, une économie circulaire, une nature saine et une justice sociale dans cette transition fondamentale vers le développement durable.

Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a établi un ambitieux calendrier pour la réalisation des priorités politiques de son équipe au cours des cinq prochaines années. Le pacte vert pour l’Europe et son ambition « zéro pollution » définissent les actions visant à répondre à la demande des citoyens européens de faire face aux crises du changement climatique et de la biodiversité, tout en assurant une transition juste, dans laquelle la dimension humaine ne serait pas négligée. Ce programme pourrait bien léguer un héritage durable à l’Europe. 

Les recherches effectuées par l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) ont montré que nos systèmes de production et de consommation non viables, en particulier dans les secteurs de l’alimentation, de la mobilité et de l’énergie, forment le noyau dur des défis auxquels nous faisons face en matière de durabilité, y compris la pollution. Ces systèmes sont profondément ancrés dans nos modes de vie et ne peuvent être modifiés du jour au lendemain; il n’empêche que nous devons progresser dans la bonne direction et que nos capacités doivent être à la hauteur de nos ambitions.

Pour la première fois dans l’histoire moderne, nous avons les moyens de satisfaire nos aspirations en terme de production de chaleur et d’électricité, de mobilité et de production alimentaire sans engendrer de pollution nuisible. Rien ne nous contraint plus à tolérer la pollution qui nuit aux personnes et à l’environnement comme s’il s’agissait d’un effet collatéral inévitable du progrès.

L’Europe a montré que nous pouvons progresser au moyen d’une législation forte et contraignante. Lorsque les technologies néfastes sont interdites, nous trouvons de meilleures alternatives. L’amélioration des connaissances et la mise en place d’un système de pénalisation financière de la pollution suffisamment dissuasif se sont révélés efficaces. Nous disposons d’un vaste éventail d’instruments politiques parmi lesquels choisir et pour autant que l’ambition soit justifiée, les hommes trouveront des moyens d’aller dans la bonne direction.

L’AEE a beaucoup de connaissances et d’expertise à offrir concernant la pollution et les autres défis environnementaux, ainsi que les solutions à y apporter. La publication «Signaux de l’AEE 2020» offre une vue d’ensemble des problématiques que nous cherchons à résoudre. 

«Plus jamais ça...» sont des mots que le genre humain a dû prononcer bien trop souvent. Pourtant, cette ferme volonté de ne pas répéter les erreurs du passé et de ne pas laisser survenir les mêmes tragédies a également donné naissance à des mouvements et à des institutions, dont l’Union européenne, qui protègent les individus et contribuent à la résilience de nos sociétés.

Le plan de relance «Next Generation EU» vise à réparer les dommages économiques et sociaux causés par la pandémie de coronavirus. Ce plan concerne les générations futures, notre avenir, et vise à réinventer notre économie et notre société d’une manière qui respecte les limites de notre planète et garantisse le bien-être à long terme des personnes.

Malgré les progrès réalisés au cours des dernières décennies, l’évaluation de référence de l’AEE intitulée «L’environnement en Europe – état et perspectives 2020» a clairement montré que l’Europe est maintenant confrontée à des défis environnementaux d’une ampleur et d’une urgence sans précédent. C’est pourquoi nous devons prendre des mesures urgentes au cours des dix prochaines années pour protéger l’environnement, le climat et les individus. 

 Hans Bruyninckx

Hans Bruyninckx
Directeur exécutif de l’AEE

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