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Entretien - Le rôle capital de la surveillance des oiseaux

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Article Publié 17/05/2022 Dernière modification 07/06/2022
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La surveillance des espèces sauvages et des habitats joue un rôle essentiel dans les évaluations des experts. Nous avons discuté avec Petr Voříšek, membre de l’équipe de coordination du European Breeding Bird Atlas 2 (Atlas européen des oiseaux nicheurs 2) de la Société tchèque d’ornithologie, de la manière dont les informations et données sont rassemblées à l’échelle européenne et des problèmes auxquels les populations d’oiseaux sont confrontées aujourd’hui.

Quel est votre travail spécifique ?

Je participe à deux initiatives internationales de surveillance des oiseaux : le deuxième atlas européen des oiseaux nicheurs (EBBA2) et le « Pan‑European Common Bird Monitoring Scheme » (PECBMS) (système paneuropéen de surveillance des oiseaux communs), tous deux organisés au sein du European Bird Census Council (EBCC ‑ Conseil européen du recensement des oiseaux). Mon poste est hébergé par la Société tchèque d’ornithologie (CSO).

L’Atlas européen a été publié sous la forme d’un livre en décembre 2020, mais le travail n’est pas fini pour autant. Nous nous consacrons à l’élaboration d’une version en ligne, qui permettra de mettre les résultats à la disposition de la recherche et de la conservation et qui renforcera les capacités de surveillance des oiseaux dans les pays européens où cela s’avère nécessaire. Cet atlas est étroitement lié au PECBMS, mais la mise en place d’un programme de surveillance des oiseaux représentatif et durable n’est pas aisée, et nous avons besoin de plus de systèmes de surveillance, en particulier dans les parties méridionales et orientales de l’Europe.

Comment votre travail contribue‑t‑il aux évaluations réalisées par l’AEE ?

Les indicateurs relatifs aux oiseaux sauvages produits par le PECBMS sont directement utilisés par l’AEE. L’indice de population des papillons de prairie et l’indice de population des oiseaux communs d’Europe contribuent à la définition de l’indicateur de l’AEE intitulé « Abondance et répartition d’espèces sélectionnées en Europe »12.

Les résultats de nos travaux ont été utilisés dans le rapport État de la nature dans l’UE et dans d’autres publications. Nous avons été en contact régulier avec nos collègues de l’AEE et nous coordonnons nos efforts. Le retour d’information de l’AEE est extrêmement important. Récemment, nous avons commencé à étudier comment les données de l’atlas (EBBA2) peuvent contribuer au travail d’organismes internationaux tels que l’AEE.

Comment vous êtes‑vous intéressé à ce domaine d’activité ?

Probablement comme beaucoup d’autres ornithologues, je m’intéresse depuis mon enfance aux oiseaux, à la nature et à la conservation. J’ai étudié la zoologie à l’université Charles de Prague, où j’ai fait un master et un doctorat qui portaient sur les buses. J’ai ensuite saisi l’opportunité de travailler pour la CSO en tant que directeur, où j’étais le seul employé à l’époque.

Le lien entre les connaissances scientifiques et la politique est le principal sujet qui maintient mon intérêt pour la surveillance des oiseaux à grande échelle et le travail de l’atlas. Travailler avec des personnes diverses, des approches méthodologiques variées et des différences culturelles rend également ce type de travail passionnant. J’apprécie également le travail sur le terrain, qui, bien que ne faisant pas systématiquement partie de ma fonction, est l’élément clé qui me permet de comprendre les données et les besoins des travailleurs de terrain, ce qui me rend heureux.

Comment évaluer la santé d’une espèce ?

Le principal résultat de notre travail est la collecte d’informations sur les modifications de l’abondance des oiseaux et leur répartition. En d’autres termes, où se trouvent les oiseaux, combien il y en a et comment ces deux paramètres évoluent. Il s’agit d’un long processus qui commence par un travail de terrain standard suivant une méthodologie stricte. 

Il n’est pas possible de couvrir l’Europe uniquement avec des travailleurs de terrain professionnels. Mais l’ornithologie profite d’une foule d’ornithologues amateurs ou d’observateurs des oiseaux, qui connaissent les oiseaux et sont désireux de suivre la méthodologie. Grâce à eux, nous pouvons obtenir et partager des données issues de toute l’Europe dans l’atlas EBBA2 et de 28 pays dans le système PECBMS.  

Les travailleurs de terrain doivent recenser les oiseaux sur des sites prescrits, souvent sélectionnés de manière aléatoire, afin de garantir la représentativité de l’échantillon. L’observateur réalise un comptage de tous les oiseaux vus ou entendus sur son site et enregistre d’autres caractéristiques, ce qui permet de mieux évaluer les données à des dates et heures précises. 

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Les enregistrements pour l’atlas de répartition nécessitent également des informations sur la probabilité de reproduction. La plupart des relevés sont effectués au printemps tôt le matin, lorsque de nombreux oiseaux sont les plus actifs, mais certaines espèces sont également relevées le soir. Ensuite, les travailleurs de terrain envoient les données aux coordinateurs nationaux, qui effectuent des contrôles de qualité des données et les soumettent aux coordinateurs européens.

© Marek Mejstřík, REDISCOVER Nature /EEA

Comment cette surveillance aide‑t‑elle les gouvernements à prendre des mesures ?

Les informations sur la répartition et l’abondance des oiseaux aident les décideurs à établir l’ordre de priorité des mesures de gestion et de conservation. Les informations sur les tendances d’évolution des populations et les modifications de leur répartition fournissent des signaux sur la santé des populations d’oiseaux et de l’environnement au sens large.  

Les résultats de la surveillance sont régulièrement utilisés dans l’évaluation de l’état de conservation des espèces, y compris pour la catégorisation dans la liste rouge européenne. Les modifications de l’abondance et de la répartition des groupes d’espèces, tels que les oiseaux des terres agricoles, donnent des signaux sur la santé d’un type particulier d’habitat ou sur l’impact d’un phénomène à grande échelle comme le changement climatique.

L’établissement d’un lien entre les données de surveillance et les variables environnementales ou d’autres variables peut nous en apprendre davantage sur les facteurs à l’origine des tendances ; cela peut également contribuer à élaborer des pratiques de gestion.

Comment la dégradation de l’environnement et le changement climatique influencent‑ils la vie des oiseaux ?

Les changements qui se produisent dans les paysages et le climat européens sont parfois dramatiques et affectent les populations d’oiseaux. Toutefois, l’incidence n’est pas uniforme: certaines espèces tirent profit des changements, d’autres non. Dans l’ensemble, cependant, il semble qu’il y ait plus de perdants que de gagnants.

L’exploitation intensive des terres laisse moins de ressources aux oiseaux – il s’agit de la principale pression humaine. Ceci est particulièrement évident pour les terres agricoles et les oiseaux qui occupent ce type d’habitat. Les pratiques agricoles intensives, notamment l’utilisation excessive de pesticides et d’engrais, l’utilisation d’engins lourds ou la suppression des jachères, font que les terres agricoles modernes conviennent de moins en moins aux oiseaux et aux autres espèces sauvages.  

Globalement, l’homogénéisation des champs agricoles a un effet négatif sur la biodiversité. L’indice des oiseaux des terres agricoles en Europe a diminué de 57 % entre 1980 et 2018 et l’aire de répartition des oiseaux des terres agricoles en tant que groupe a diminué au cours des 30 dernières années en Europe (EBBA2). Au niveau régional, nous constatons également un effet négatif de l’exploitation forestière intensive, de l’abandon des terres ou de l’exploitation intensive des zones humides continentales.

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Les sites de reproduction se déplacent vers le nord. Nous observons un déplacement des centres des aires de répartition d’en moyenne 28 km vers le nord. Bien que ces changements ne soient pas tous causés par le changement climatique, l’effet est évident. Nous détectons également l’incidence du changement climatique sur les populations d’oiseaux : les espèces ayant une préférence pour les climats plus froids sont en déclin et celles qui préfèrent les climats plus chauds sont en augmentation.

© Juerg Isler, REDISCOVER Nature /EEA

 

Pouvons‑nous encore améliorer la situation ?

Nous avons documenté des tendances positives dans la répartition de plusieurs espèces protégées pour lesquelles des mesures de conservation ont été prises (par exemple le pygargue à queue blanche ou la cigogne blanche). En outre, dans le cadre du programme PECBMS, nous avons montré que la conservation peut fonctionner, et que les sites Natura 2000 en particulier peuvent être bénéfiques, également pour les espèces non ciblées. Cela laisse à penser que la conservation peut inverser les tendances négatives.

Le problème est que nous n’en faisons toujours pas assez, en partie à cause des ressources limitées et en partie parce que les approches traditionnelles de conservation (notamment les espèces protégées, les réserves naturelles) ne suffisent pas à favoriser le retour de la biodiversité dans les campagnes au sens large.

Que peuvent faire les citoyens ou même les observateurs d’oiseaux amateurs pour aider à protéger les oiseaux et leurs habitats ?

Les ornithologues jouent un rôle clé pour une conservation avisée des oiseaux et de la biodiversité. Ils apportent leur aide en tant que travailleurs de terrain bénévoles en participant aux atlas et à la surveillance des oiseaux : dans le cadre de l’atlas EBBA2, quelque 120 000 travailleurs de terrain ont fourni des données, dont 35 000 ont fourni des données d’enquête fortement standardisées. Dans le cadre du programme PECBMS, environ 15 000 travailleurs de terrain participent à des comptages d’oiseaux.

Nous n’aurions pas atteint un tel niveau de connaissance sans ces personnes compétentes – elles sont absolument essentielles. En principe, tout le monde peut aider – même les observations d’une seule espèce, y compris celles qui sont faciles à identifier (comme la cigogne blanche), peuvent contribuer à une prise de décision éclairée. Avec le développement récent des portails en ligne organisés dans le cadre de l’initiative de l’EBCC EuroBirdPortal et le développement d’applications mobiles qui améliorent l’enregistrement et la soumission des observations, c’est plus facile que jamais.

De nombreux ornithologues participant à des programmes de surveillance des oiseaux et à des atlas sont également impliqués dans la conservation au niveau local. Comme ils connaissent les sites où ils étudient les oiseaux, ils jouent souvent un rôle de gardien de ces sites et lancent des interventions si les sites sont menacés. Leurs connaissances locales sont un atout majeur pour la conservation au niveau local.



Remarque: Le nombre total de toutes les espèces est de 463. Le nombre de taxons concernés est indiqué entre parenthèses.
Source: État de la nature dans l'UE, rapport de l'AEE nº 10/2020.

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Petr Voříšek
Membre de l’équipe de coordination de l’Atlas européen des oiseaux nicheurs 2, Société tchèque d’ornithologie

 

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