Éditorial – Façonner l’avenir énergétique de l’Europe: une énergie propre, intelligente et renouvelable

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Article Publié 17/11/2017 Dernière modification 20/11/2017
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Notre qualité de vie dépend, entre autres, d’un approvisionnement énergétique fiable à un prix raisonnable. Nous utilisons de l’énergie pour chauffer et refroidir nos maisons, faire cuire et conserver notre nourriture, voyager et construire des écoles, des hôpitaux et des routes. Nous utilisons des machines pour mener à bien de nombreuses tâches, ce qui contribue à notre richesse et à notre bien-être, et les machines ont besoin d’énergie. Pour obtenir la majeure partie de l'énergie que nous utilisons, nous continuons à brûler des combustibles fossiles. De plus, nous gaspillons une part substantielle de cette énergie avant et pendant son utilisation.

©Maurizio Consentino, My City /EEA

La combustion de combustibles fossiles nous affecte tous d'une manière ou d'une autre. Elle libère des polluants atmosphériques dans l’air et nuit à notre santé. Elle rejette également des gaz à effet de serre et contribue au changement climatique, provoquant des orages, des inondations et des vagues de chaleur de plus en plus graves. Notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles peut modifier les niveaux de pH des océans, épuiser l’oxygène des lacs et affecter le rendement des récoltes.

Il est clair que nous avons besoin d’énergie, mais cette énergie ne doit pas nécessairement être obtenue en brûlant des combustibles fossiles. Face aux conséquences négatives de nos choix énergétiques actuels, d'une part, et aux perspectives offertes par les sources d'énergie propres, d’autre part, nous avons atteint un point critique. Nous pouvons choisir de prolonger notre dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles, en augmentant les incidences sur notre santé et sur notre planète. Ou nous pouvons décider d’adopter et de financer des options nouvelles et plus propres, tout en abandonnant certaines de nos préférences et habitudes actuelles. Cela pourrait signifier que tous les véhicules routiers deviennent électriques au cours des prochaines décennies, que tous les toits soient recouverts de panneaux solaires, que tous les bâtiments soient isolés pour éviter les pertes de chaleur, et que tous les produits soient conçus pour durer plus longtemps et être réutilisés et recyclés aisément. Cela pourrait également vouloir dire que les subventions pour les combustibles fossiles seraient abandonnées. De nombreux pays continuent à subventionner ceux-ci, malgré la multiplication des engagements et des appels, dans le cadre de plateformes internationales, visant à éliminer progressivement de telles subventions d'ici une décennie.

Durant la dernière décennie, l’engagement politique envers la réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre a grandi, culminant avec l’Accord de Paris de décembre 2015. Même dans les pays où les dirigeants politiques sont sceptiques à propos des efforts déployés à l’échelle mondiale, les autorités locales et régionales, les entreprises, les investisseurs et les citoyens prennent le relais et s’engagent en faveur d'un monde à faibles émissions de carbone. De même, au cours de cette dernière décennie, la communauté des chercheurs et les entreprises ont mis au point des innovations qui ont entraîné la croissance de la production d’électricité d'origine solaire et éolienne bien au-delà de toute attente. Grâce aux évolutions technologiques et à un soutien politique efficace, incluant des incitations financières, l’électricité provenant de l’énergie éolienne et solaire a pu concurrencer en termes de prix l’électricité provenant d’autres sources.

En conséquence, les sources d'énergie renouvelables et propres fournissent une part croissante des besoins énergétiques européens. L’énergie renouvelable a joué et jouera un rôle clé, non seulement dans la réalisation des objectifs climatiques et énergétiques à long terme de l’Europe, mais aussi dans la protection de l’environnement et de la santé humaine.

Recueillir, stocker, transporter et économiser l’énergie

Malgré ces signes positifs, il reste toujours des défis majeurs auxquels nous devons faire face pour encourager la production d'énergie renouvelable et éliminer progressivement notre dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles. Le soleil apporte à notre planète de grandes quantités d’énergie propre. Toutefois, nous ne sommes pas encore capables de recueillir, de stocker et de transporter cette énergie à une échelle suffisante pour pouvoir l'utiliser quand et là où nous en avons besoin.

Les défis dépassent largement la sphère technologique. Une telle évolution implique un changement dans la manière de produire et d'utiliser l’énergie, avec le passage d'un nombre très limité de grands producteurs favorisant certains combustibles à une production d’électricité plus décentralisée, impliquant de nombreux producteurs et puisant dans le potentiel local d’énergies renouvelables. Une capacité de production d’électricité vaste et décentralisée peut aussi contribuer à la sécurité énergétique en Europe et permettre de transporter le surplus des régions riches sur le plan énergétique à celles qui souffrent de pénurie. À l’échelle locale, cette nouvelle organisation pourrait signifier que les ménages deviennent des producteurs d’énergie, vendant leur production excédentaire à leurs voisins par l’intermédiaire de réseaux intelligents. Au niveau régional, national et européen, cette organisation entraînerait la création de liens entre les réseaux énergétiques et les parties prenantes.

L’efficacité énergétique, et l’efficacité des ressources en général, sont des composantes tout aussi essentielles des objectifs de durabilité à long terme de l’Europe. En général, seule une partie de l’énergie initiale est véritablement utilisée pour fournir des biens et des services et contribuer à notre qualité de vie. Les progrès technologiques, l’amélioration de l’isolation des bâtiments, les réseaux intelligents, les normes et l’étiquetage relatifs à l’efficacité énergétique, et, en premier lieu, le comportement intelligent des utilisateurs, c’est-à-dire de chacun de nous, peuvent contribuer à réduire au minimum la perte d’énergie.

Certains secteurs, tels que les transports, pourraient avoir plus de difficultés que d’autres à assurer la transition vers des énergies plus propres. Dans le transport routier, l’électricité produite à partir de sources renouvelables peut devenir une alternative viable aux combustibles fossiles, mais l'infrastructure (réseau de stations de recharge par exemple) doit être développée en conséquence. Les biocarburants peuvent également contribuer à réduire l’utilisation des combustibles fossiles dans les transports, mais leurs avantages généraux doivent être évalués en fonction de plusieurs facteurs, y compris leurs pressions potentielles sur l’utilisation des sols et de l’eau durant la phase de production.

Naissance d’une énergie propre

Malgré ces défis, la transition vers une énergie propre a déjà débuté en Europe. Les propriétaires de biens immobiliers, les villes, les entreprises, les autorités régionales, les gouvernements nationaux et l’Union européenne (UE) prennent des mesures en construisant des réseaux intelligents, en créant des installations d’énergie solaire et éolienne, en investissant dans l'innovation et en adoptant des normes et des étiquettes. Des villes pionnières, autrefois connues pour leurs mines de charbon, choisissent l’innovation et les sources d'énergies renouvelables, s’efforçant par la même occasion de traiter un problème de chômage installé depuis plusieurs décennies. Le secteur des énergies renouvelables en Europe a continué à grandir malgré la récession économique de 2008, et fournit aujourd'hui des emplois à plus d’un million de personnes. Les chercheurs étudient actuellement comment exploiter davantage l’énergie solaire ou marémotrice. Toutefois, ces efforts et initiatives à petite échelle doivent être repris plus largement dans l’ensemble du continent et des secteurs économiques.

Certaines questions difficiles devront être résolues durant ce processus. À titre d’exemple, comment soutenir les communautés qui seront affectées par les restructurations économiques résultant de l’abandon des technologies et des activités non durables ? Ou encore, toutes les sources d'énergie renouvelables peuvent-elles être considérées comme propres à long terme, et aurons-nous besoin de nous appuyer sur certaines technologies relais à court et à moyen terme ?

Comme tout changement fondamental, cette transition requiert du temps et des ressources, et doit être soutenue par des objectifs politiques et des mesures d’aide à long terme. Il faudra des décennies pour rendre l’ensemble de l’infrastructure et de la capacité de production électrique intelligent et propre. De plus, la main-d'œuvre européenne devra acquérir de nouvelles compétences professionnelles, notamment dans les communautés qui dépendent fortement des combustibles fossiles tels que le charbon. Nos choix et nos décisions d'investissement actuels définiront la voie à suivre durant les décennies à venir.

Dans un monde où la demande globale d’énergie et de ressources naturelles devrait augmenter, et où les conséquences du changement climatique devraient s’intensifier, il n’existe qu’une seule option viable. C’est l'objectif retenu par l’UE : une économie circulaire à faible intensité de carbone, et une Union européenne de l’énergie axée sur les sources renouvelables et sur l’efficacité, la sécurité et l’accessibilité de l’énergie. Tous ces éléments sont soutenus par les investissements consacrés à l'infrastructure, aux nouvelles qualifications et à l’innovation.

Hans Bruyninckx

Directeur exécutif de l’AEE

L’ÉNERGIE AUJOURD’HUI

 

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