La pollution sonore: un problème d’envergure tant pour la santé humaine que pour l’environnement

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Article Publié 30/03/2020 Dernière modification 17/04/2020
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La pollution sonore est un problème qui gagne en envergure dans l’ensemble de l’Europe, et il se peut que bon nombre de personnes n’en connaissent pas les incidences sur leur santé. Nous nous sommes entretenus avec Eulalia Peris, experte en bruit ambiant auprès de l’Agence européenne pour l’environnement, au sujet des principales conclusions du rapport publié en début de mois par l’AEE et intitulé «Environmental noise in Europe — 2020» (Le bruit dans l’environnement en Europe — 2020).


Quelles sont les principales conclusions du deuxième rapport sur le bruit dans l’environnement publié par l’AEE?

Le rapport indique que le bruit ambiant, et en particulier le bruit lié au trafic routier, demeure un problème environnemental majeur qui affecte la santé et le bien-être de millions de personnes en Europe. En effet, 20 % de la population européenne (soit plus de 100 millions de personnes en Europe) sont exposés à des niveaux de bruit de long durée qui sont préjudiciables à leur santé. Les données indiquent également que les objectifs politiques en matière de bruit ambiant n’ont pas été atteints. En fait, selon nos projections, il est peu probable que le nombre de personnes exposées au bruit diminue de manière significative dans le futur du fait de la croissance urbaine et de la demande accrue de mobilité.

Quelles sont les incidences spécifiques sur la santé? Quelle est l’importance du problème que représente la pollution sonore par rapport à la pollution atmosphérique, par exemple?

L’exposition à long terme au bruit peut avoir diverses conséquences pour la santé, notamment provoquer un inconfort, des troubles du sommeil, des effets négatifs sur le système cardiovasculaire et sur le métabolisme, ainsi que des troubles cognitifs chez les enfants. Les données dont nous disposons actuellement nous permettent d’estimer que le bruit ambiant contribue à l’apparition de 48 000 nouveaux cas de cardiopathie ischémique chaque année et est responsable de 12 000 décès prématurés. En outre, selon nos estimations, 22 millions de personnes souffrent également d’une forte gêne chronique et 6,5 millions de personnes sont confrontées à d’importants troubles du sommeil chroniques. Nous estimons que 12 500 écoliers présentent des troubles de la lecture à l’école à cause du bruit généré par les avions.

Nombreuses sont les personnes qui ne réalisent pas que la pollution sonore est un problème important qui a des répercussions sur la santé humaine, y compris sur la leur. Bien entendu, les décès prématurés liés à la pollution atmosphérique sont beaucoup plus nombreux que ceux associés à la pollution sonore. Cependant, il semble que le bruit ait une incidence plus élevée sur les indicateurs liés à la qualité de vie et à la santé mentale. En fait, selon certaines conclusions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le bruit est le deuxième facteur environnemental le plus important à l’origine de problèmes de santé, juste après l’impact de la pollution atmosphérique (particules).

Le rapport recense également des problèmes au niveau de la mise en œuvre de la directive de l’UE relative au bruit dans l’environnement. Quels sont-ils?

Dans certains pays, il manque toujours un volume important de données liées aux cartes de bruit et aux plans d’action en la matière. Il est impossible d’évaluer et de traiter correctement les problèmes liés au bruit si les pays, régions ou villes ne produisent pas les cartes de bruit et les plans d’action requis par la directive.

Que fait l’AEE afin de s’assurer que les décideurs politiques et le public soient conscients de la pollution environnementale liée au bruit?

L’AEE est chargée de rassembler toutes les informations soumises par les pays au titre de la directive relative au bruit dans l’environnement. Les connaissances actuelles sur les sources de bruit et l’exposition de la population en Europe se fondent largement sur cette base de données. Nous produisons un certain nombre de rapports et d’évaluations sur la base de ces données. Ils nous aident à suivre les progrès accomplis vers la réalisation des objectifs en matière de pollution sonore et ils peuvent également éclairer l’élaboration de futurs programmes d’action pour l’environnement. Outre le rapport sur le bruit dans l’environnement en Europe qui a été publié récemment, l’AEE avait déjà produit précédemment un certain nombre de rapports sur le bruit, tels que «Quiet areas in Europe — The environment unaffected by noise pollution» (2016) (Les zones calmes en Europe — L’environnement non touché par la pollution sonore), «Unequal exposure and unequal impacts: Social vulnerability to air pollution, noise and extreme temperatures in Europe» (2018) (Exposition inégale et incidences inégales: vulnérabilité sociale à la pollution atmosphérique, au bruit et aux températures extrêmes en Europe). Il est également possible de consulter les informations disponibles sur la pollution sonore par l’intermédiaire de la visionneuse de bruit («noise viewer») ou des fiches d’information par pays sur le bruit mis à disposition par l’AEE.

Que fait l’UE pour aller plus loin dans ce domaine?

Les pays, les régions et les villes prennent diverses mesures pour résoudre les problèmes liés au bruit, par exemple en revêtant les routes d’asphalte antibruit, en utilisant des pneus silencieux sur les véhicules destinés aux transports publics, en installant davantage d’infrastructures destinées aux voitures électriques dans les villes, en encourageant les déplacements actifs, comme la marche ou le vélo, en aménageant des rues piétonnes, etc. Un grand nombre de villes et de régions ont également mis en place des «zones calmes», où il est possible de se rendre pour échapper aux bruits de la ville. Il s’agit principalement d’espaces verts, tels que des parcs ou des réserves naturelles.

Bon nombre de ces mesures se sont également avérées utiles pour réduire la pollution atmosphérique. Selon nous, l’élaboration de stratégies combinées visant à réduire le bruit et la pollution atmosphérique générée par le trafic pourrait permettre d’augmenter l’impact des mesures d’atténuation du bruit tout en optimisant les coûts et les efforts. Si aucune mesure n’est mise en œuvre pour résoudre les problèmes liés au bruit, il est peu probable que le nombre de personnes exposées au bruit diminue de manière significative à l’avenir du fait de la croissance urbaine et de la demande accrue de mobilité. Nous parviendrons plus probablement à réduire significativement le nombre de personnes exposées à des niveaux sonores néfastes en n’ayant pas seulement recours à des mesures isolées, mais également en combinant différentes mesures, qui comprendront notamment des améliorations technologiques, des politiques ambitieuses en matière de bruit, une meilleure planification urbaine et au niveau des infrastructures, et des changements dans les comportements individuels.

Eulalia Peris

Experte en bruit ambiant auprès de l’AEE

Entretien publié dans le numéro 01/2020 de la lettre d’information de l’AEE de mars 2020.

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