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Comment les villes européennes s’adaptent-elles au changement climatique, et comment progressent-elles vers un avenir durable?

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Article Publié 29/03/2021 Dernière modification 16/04/2021
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L’adaptation aux effets du changement climatique est une priorité absolue dans l’Union européenne. Qu’est-ce qui incite les villes à prendre des mesures importantes pour atténuer ces effets et rendre les centres urbains plus résilients et durables? Nous nous sommes entretenus avec Ivone Pereira Martins, experte en durabilité urbaine à l’AEE, afin d’en savoir plus sur ce que fait l’AEE pour soutenir cette démarche indispensable.

Que font l’Union européenne et l’AEE en matière d’adaptation au changement climatique et, plus particulièrement, dans le domaine de la durabilité urbaine?


La nouvelle stratégie de l’UE relative à l’adaptation au changement climatique, récemment adoptée par la Commission européenne, propose des actions destinées à améliorer les connaissances en matière d’adaptation, afin de pouvoir recueillir des données plus nombreuses et de meilleure qualité sur les risques et pertes liés au climat. Cet objectif concerne directement la plateforme européenne de connaissances en matière d’adaptation, Climate-ADAPT, qui est hébergée et développée par l’AEE.

Climate-ADAPT recense des bonnes pratiques appliquées par différentes villes qui ont pris des mesures d’adaptation au changement climatique. Ce qui est nouveau dans la stratégie de l’UE, c’est la pleine reconnaissance du fait que cette adaptation nécessite des plans et des actions à tous les niveaux de gouvernance. Le document met en avant trois priorités: la reconnaissance des mesures d’adaptation locales, le recours à des solutions d’adaptation fondées sur la nature et l’intégration de la problématique de l’adaptation dans la politique macrobudgétaire. La manière dont les villes opèrent a été pleinement reconnue dans le rapport de l’AEE sur la durabilité urbaine en Europe («Urban sustainability in Europe – What is driving cities’ environmental change», Durabilité urbaine en Europe: quels sont les facteurs du changement écologique urbain?), qui sera publié dans les prochaines semaines. En parallèle, nous publierons une brève note d’information donnant un premier aperçu des principales répercussions de la pandémie de COVID-19 sur les efforts déployés par les villes en matière de durabilité.


Quels sont les éléments importants à retenir de ce nouveau rapport?


L’AEE se penche depuis longtemps sur les problématiques urbaines. Ce travail est effectué selon une approche thématique, en examinant l’évolution des tendances, par exemple en matière d’urbanisation et de pollution ou en matière de qualité de l’air en milieu urbain, de pollution sonore et d’adaptation au changement climatique dans les villes. Ce nouveau rapport est le premier d’une série d’évaluations de la contribution des villes à la réalisation des objectifs environnementaux dans une démarche intégrée. Pour ce rapport spécifique, l’AEE s’est adressée directement aux villes, en réalisant une enquête et en menant des entretiens, afin de comprendre ce qui, dans le changement écologique urbain, constitue un facteur de transition des villes vers une société plus durable. Il s’agit d’un travail exploratoire, indicateur de la manière dont les villes évaluent les principaux leviers et obstacles aux transitions vers la durabilité urbaine.

L’examen de l’ensemble des facteurs identifiés lors de ce travail de recherche montre que certains ressortent nettement. Nous avons découvert qu’il n’existait pas d’approche unique en la matière. Des leviers et des obstacles ont été identifiés par rapport à sept aspects clés: le contexte, la gouvernance, les connaissances, la culture, la technologie, les données et informations, les finances. Il est important de noter que c’est la première fois que l’AEE s’adresse directement aux villes de cette manière exploratoire, à travers un exercice de réflexion conceptuelle pouvant faire l’objet d’un suivi.


Quel a été l’impact de la pandémie de COVID-19 sur les villes?


L’incidence globale de la COVID-19 sur la durabilité urbaine est encore en cours d’évaluation. La pandémie a transformé notre façon de vivre, notamment marquée par une utilisation accrue des technologies numériques et une augmentation du travail à domicile. Cette situation a modifié les paysages urbains et va durablement affecter les transports et les déplacements quotidiens. De même, la demande de logements et de surfaces de bureau va probablement changer. Tout cela pourrait conduire à une amélioration de la qualité de l’air et à une diminution du bruit en raison d’un trafic moins dense.

La suite va largement dépendre de la manière dont les pays européens vont définir leurs plans pour la reprise et la résilience, et plus encore de la perception qu’ils ont des villes en tant qu’acteurs. Les villes ont joué un rôle majeur en soutenant leurs citoyens durant la pandémie. Par ailleurs, les gouvernements locaux ont un rôle important à jouer dans la relance, ainsi que dans la mise en œuvre du pacte vert pour l’Europe. La prochaine note d’information de l’AEE analyse quelques-uns des premiers effets de la pandémie sur l’environnement et le changement climatique. Nous y parlons de mobilité et d’accessibilité, de la vague de rénovation et de la mise en conformité de bâtiments, de l’importance des espaces verts, des solutions fondées sur la nature et du rôle des systèmes alimentaires locaux en zones urbaines.


Ces évaluations fournissent-elles des conseils techniques et pratiques ou des pistes concrètes vers la durabilité pour les nombreuses villes d’Europe?


Notre travail à l’AEE cible un large public. Nous travaillons avec des pays, avec des institutions et organisations européennes et avec la société civile européenne dans son ensemble. Bien que le mandat de l’AEE ne prévoie pas un travail direct avec les villes, on ne peut ignorer le fait qu’environ 75 % de la population européenne vit en milieu urbain. Nos prochaines évaluations auront donc pour double objectif de prendre en considération l’importance du niveau local et l’importance des villes dans la concrétisation des objectifs très ambitieux que l’Europe s’est fixée en matière d’environnement et de climat.

Nos travaux démontrent également que les villes sont fortement et concrètement engagées dans la transition et ont parfois des ambitions qui dépassent celles définies au niveau national. Lors de la dernière évaluation REFIT du suivi des législations environnementales (2018), il a été constaté que 70 % de la législation environnementale européenne était mise en œuvre au niveau local.


Quels sont, à ce jour, les grands enseignements à tirer de cette première étude?

Le rapport fournit des informations très intéressantes émanant des villes visées par l’étude et ces informations ont des implications directes sur les politiques de l’UE. Un des points importants à retenir est que les cadres législatifs et politiques de l’UE sont considérés comme essentiels pour l’accélération du changement durable dans les villes. L’accès à des financements européens, nationaux et privés joue également un rôle crucial. Les réseaux de villes et les partenariats ciblés sont aussi très précieux pour ajouter de la valeur ajoutée aux efforts déployés par les villes en matière de durabilité. En même temps, les villes présentent des caractéristiques très différentes et les transitions vers la durabilité doivent être adaptées aux contextes locaux. Il est essentiel que les actions futures reposent sur des visions et plans stratégiques sur la durabilité élaborés au niveau local.

Y a-t-il d’autres travaux prévus dans ce domaine?


Nous avons pour l’instant quatre axes de travail. Le premier est la poursuite des travaux menés par l’AEE. Ces travaux portent notamment sur l’adaptation au climat, l’évaluation de la qualité de l’air et de la pollution sonore en milieu urbain, Copernicus et l’Atlas urbain qui est sa composante locale, les solutions fondées sur la nature, la mobilité/l’accessibilité, la mise en conformité de bâtiments ou encore les solutions de circularité. Un extrait de ces travaux sera présenté dans un prochain rapport sur une analyse que nous appelons « Nexus,» reposant sur une approche descendante. L’analyse porte sur huit questions de durabilité urbaine et environnementale retenues comme prioritaires à l’issue d’un processus de sélection dirigé par les parties prenantes. Les questions analysées seront la résilience face au changement climatique, la qualité de vie, l’accessibilité, la salubrité de l’environnement, la sécurité alimentaire, la circularité, les énergies propres et les constructions durables, le tout au niveau urbain.

Nous voulons également renforcer les liens avec les acteurs concernés. À cet effet, il est prévu d’intensifier les activités de réseautage par la création d’un Forum collaboratif sur la durabilité urbaine, qui permettra l’échange d’informations, le travail en réseau et la création de partenariats ciblés. Enfin, compte tenu d’autres initiatives pilotées par l’UE, l’AEE réfléchit également à la manière dont toutes ces connaissances et cette expertise pourraient être communiquées et partagées plus largement.

Ivone Pereira Martins
Experte en durabilité urbaine

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