Le transport aérien et maritime sous le feu des projecteurs

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Article Publié 29/09/2016 Dernière modification 06/12/2016 15:20
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Un vol en avion pour s’échapper le temps d’un week-end, des t-shirts en coton fabriqués au Bangladesh, des roses du Kenya... Voici quelques-uns des produits qui nous sont proposés dans un monde interconnecté et globalisé. Le transport aérien et le transport maritime contribuent à la croissance économique mais ont aussi une incidence sur la santé humaine, le climat et l’environnement. Au vu des prévisions de croissance, ces deux secteurs ont commencé à chercher des moyens de réduire leur impact.

L’aviation et le transport maritime international ont contribué à réduire drastiquement les distances et à nous donner accès à des vacances et des biens de consommation moins chers. Ils ont également permis de créer des millions d’emplois tant au niveau national qu’à l’étranger grâce à leur contribution au commerce et au tourisme.

La demande dans ces deux secteurs devrait suivre une tendance à la hausse à l’échelle mondiale, pour plus de loisirs, de commodité et d’accès aux biens dans les années à venir. Entre 1995 et 2050, le transport de passagers dans l’UE, y compris le transport aérien, devrait connaître une hausse d’environ 70 % et le transport de marchandises une hausse de 100 %. Selon le Forum international des transports (FIT) au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques, le volume de fret dans le monde devrait également augmenter, notamment en raison de la croissance du commerce mondial. Le FIT prévoit aussi des changements géographiques dans la structure des échanges mondiaux : l’essor du commerce dans les économies émergentes augmentera encore les distances de transport.

Bien que cette croissance soit bénéfique pour l’économie, l’augmentation du nombre de vols de passagers et l’essor du transport maritime constituent une menace grandissante pour le climat, l’environnement et la santé humaine. Les secteurs du transport aérien et maritime devraient voir leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) et de polluants atmosphériques tels que le dioxyde de carbone (CO2), les oxydes d’azote (NOx) les oxydes de soufre (SOx) augmenter. Les niveaux de pollution sonore devraient eux aussi s’accroître. Les émissions de dioxyde de carbone de ces secteurs représentent 5 % des émissions mondiales et, selon une étude du Parlement européen, le transport aérien et le transport maritime seront responsables de jusqu’à respectivement 22 % et 17 % des émissions mondiales de CO2 en 2050.

Le transport aérien

L’avion est perçu comme un mode transport sûr et pratique. Le nombre de vols en Europe en 2014 était environ 80 % plus élevé qu’en 1990. Et, après une baisse due à la récession économique à partir de 2008, les chiffres s’envolent à nouveau.

Ces augmentations sont dues en partie à une tendance générale à l’allongement des temps de vol et à un nombre plus important de sièges dans les aéronefs. La croissance est principalement due à l’essor des compagnies low cost, qui ont réussi à détourner les passagers des compagnies traditionnelles et ont ouvert de nouveaux itinéraires, contribuant ainsi à la croissance du secteur. Cette tendance devrait se poursuivre, alors que les transporteurs low cost agrandissent leur flotte et commencent à offrir des vols transcontinentaux, augmentant ainsi l’offre de destinations. L’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), l’agence des Nations unies qui réglemente le secteur, prévoit une augmentation de la flotte commerciale mondiale, qui passera d’environ 26 000 aéronefs en 2016 à environ 47 500 d’ici 2036.

Selon les données préliminaires de 2014 collectées par l’Agence européenne pour l’environnement, les émissions de GES imputables au transport aérien international ont augmenté de 22,7 % entre 2000 et 2007, pour ensuite diminuer de 3,5 % entre 2007 et 2014. À l’exception de cette baisse récente, les émissions augmentent de façon constante. Elles ont doublé depuis 1990 et étaient 18,3 % plus élevées en 2014 qu’en 2000. Et cette tendance à la hausse devrait se poursuivre. Selon une étude, une personne prenant un vol long-courrier génère autant de pollution qu’un automobiliste en deux mois. En d’autres termes, selon le calculateur d’émissions de l’OACI, un vol transatlantique au départ de Paris à destination de New York en classe économique génère environ 381,58 kilogrammes de CO2. Cette quantité est similaire à celle générée par la consommation énergétique d’une maison type pendant 10 jours.

Le bruit supplémentaire généré par le nombre accru de décollages et d’atterrissages dans les aéroports a également un effet négatif sur la santé et a d’autres conséquences pour les personnes vivant à proximité que de simples nuisances ou troubles du sommeil. Des recherches récentes sur l’exposition des enfants au bruit des aéronefs ont révélé que celle-ci entraînait une baisse des résultats scolaires et des problèmes de santé.

Le secteur de l’aviation a pu apporter une solution à certains de ces problèmes en renforçant l’efficacité énergétique grâce à une conception améliorée des moteurs et des avions. Toutefois, l’adoption de carburants de substitution durables est très lente, et l’effondrement des prix mondiaux du pétrole n’a pas incité les transporteurs aériens à développer des carburants renouvelables à base de biocarburants. En outre, le kérosène utilisé pour les vols internationaux est exempt de taxes nationales. Par rapport aux carburants utilisés par d’autres modes de transport lourdement taxés comme le transport routier, cette franchise de taxes rend les coûts du transport aérien relativement plus faibles et l’utilisateur ne paie pas pour la plupart des effets négatifs sur l’environnement et le climat.

Les compagnies aériennes modernisent constamment leur flotte. Les nouveaux avions sont bien plus économes en carburant et sont équipés de moteurs plus silencieux, mais remplacer l’intégralité de la flotte par des aéronefs moins énergivores prendra du temps. La modernisation des flottes d’aéronefs a permis de réduire les émissions par passager-kilomètre, mais le rythme de croissance ces dernières années et la croissance prévue dans les années à venir signifient que les gains d’efficacité technologiques ne parviendront pas à brider la hausse absolue de la quantité totale d’émissions du secteur de l’aviation.

Le tourisme et le transport
Le secteur du tourisme dépend des transports et la demande dans le secteur du tourisme contribue à la croissance du secteur des transports. Avec la hausse des revenus et la baisse du prix des vacances, de plus en plus de personnes aspirent à « découvrir de nouveaux endroits ». La mondialisation et les vastes réseaux de transport font de chaque lieu une destination de vacances potentielle. Plus de la moitié des arrivées de touristes internationaux dans le monde s’inscrivent dans le cadre de vacances ou de voyages de loisirs.
Bien que les secteurs de l’aviation et des croisières soient florissants, la plupart des voyages touristiques se font en voiture. Le transport aérien est cependant responsable de la majeure partie des émissions de GES liées au tourisme, tandis que la croisière reste le mode de transport qui rejette le plus de GES par kilomètre. En outre, la plupart des personnes participant à une croisière prennent l’avion pour arriver au port d’embarquement, ce qui représente de 10 % à 30 % du total des émissions de la croisière.
L’Europe est une destination touristique de premier plan. En 2007, le nombre de passagers aériens en Europe a été estimé à environ 600 millions, dont 400 millions de passagers effectuant un voyage de loisirs. En 2030, les arrivées de touristes internationaux en Europe devraient correspondre à près de 90 % de la population européenne.

Autoroutes de la mer

Des milliers de cargos parcourent régulièrement de longues distances en haute mer afin d’acheminer des millions de tonnes de marchandises entre les différents continents, qu’il s’agisse de fruits frais, de postes de télévision, de céréales ou de pétrole. Le secteur du transport maritime joue un rôle clé dans l’économie européenne. Près de 90 % des marchandises importées dans l’UE sont transportées par bateau, ce qui rend les entreprises et les consommateurs européens fortement tributaires des marchandises importées du monde entier. Le transport maritime est considéré comme la manière la moins onéreuse de transporter des marchandises dans le monde entier, mais le secteur reste très volatile et a tendance à connaître des cycles économiques en dents de scie.

Alors que la part des émissions de GES imputable au secteur est plus faible que celle du transport routier ou aérien, son impact environnemental ne cesse cependant de croître. Selon les estimations, l’industrie du transport maritime rejette un milliard de tonnes de CO2 par an et ce chiffre devrait atteindre 1,6 milliard de tonnes d’ici 2050. Les derniers chiffres de l’Organisation maritime internationale (OMI) montrent que si rien n’est fait, les émissions de GES provenant du transport maritime pourraient augmenter de 250 % d’ici 2050 et représenteraient alors 17 % des émissions mondiales.

Pour faire tourner ses moteurs, le secteur dépend fortement des combustibles fossiles, en particulier les combustibles de soute, qui sont un mélange moins raffiné, plus polluant et moins onéreux de carburants tels que le gazole, le fioul lourd et le gaz naturel liquéfié..

Les navires passant de longues périodes en mer, la communication et l’analyse de leurs émissions sont moins précises. Toutefois, lorsqu’ils naviguent près des côtes, l’impact de leurs émissions est manifeste. La combustion de combustibles de soute produit du dioxyde de soufre et des oxydes d’azote, qui provoquent des pluies acides et génèrent des particules fines. Ces polluants sont dangereux tant pour la santé humaine que pour les écosystèmes.

La pollution atmosphérique n’est qu’un des impacts environnementaux du transport maritime. Ces dernières décennies, le secteur s’est vu obligé de faire davantage d’efforts pour prévenir les marées noires ainsi que l’immersion de déchets et d’autres polluants en mer. Les bateaux de croisière sont de plus en plus critiqués pour leur impact sur l’environnement. La demande de croisières continue de croître, ce qui entraîne la construction de navires géants qui peuvent transporter plus de 5 000 passagers et plus de 1 000 membres d’équipage, soit de véritables villes flottantes. Ces navires engendrent d’énormes quantités d’eaux usées, de déchets et une importante pollution atmosphérique, ce qui, selon les détracteurs, est synonyme de risque accru pour l’environnement.

La plupart des ports ne sont pas encore équipés pour fournir de l’électricité aux navires. Par conséquent, les moteurs ou les groupes électrogènes embarqués  sont constamment laissés allumés lorsque le navire est amarré afin de pourvoir aux besoins en électricité à bord, ce qui affecte la qualité de l’air dans les villes portuaires. Par ailleurs, l’afflux de touristes dû aux croisières peut endommager les écosystèmes sensibles comme l’Arctique et l’Antarctique ou les récifs coralliens.

Bien qu’aucun objectif contraignant n’ait été convenu, le secteur et l’OMI ont adopté certaines mesures pour réduire les émissions de GES et la pollution. De nouvelles mesures opérationnelles sont adoptées, telles la navigation à vitesse réduite, des zones d’émission contrôlée de soufre, une meilleure planification des itinéraires et l’interdiction des rejets dans et à proximité des zones marines sensibles, ainsi qu’une nouvelle conception des coques destinée à renforcer l’efficacité énergétique et la sécurité. Le secteur se penche également sur l’utilisation de carburants plus propres, notamment des biocarburants, et de systèmes de propulsion électrique hybride. Un nouveau plafond mondial limitant la quantité de soufre autorisée dans le carburant à 0,5 % sera introduit en 2020. L’Union européenne limite déjà les émissions de soufre provenant du transport maritime à 0,1 % dans une zone qui s’étend de la Manche à la mer Baltique.

Le temps du changement ?

Les compagnies aériennes et maritimes reconnaissent que ces mesures ne seront pas suffisantes. L’objectif de l’« Accord de Paris » de limiter la hausse des températures moyennes de la planète à 2 °C par rapport aux niveaux de l’époque préindustrielle, et si possible à 1,5 °C, ne pourra être atteint sans le plein engagement des secteurs du transport aérien et maritime international. Certaines parties prenantes de ces secteurs agissent déjà. Pour donner suite aux préoccupations liées à leurs activités au sol, certains aéroports mettent par exemple en place une série de mesures destinées non seulement à réduire la pollution atmosphérique et les émissions de GES, mais aussi à préparer l’aéroport aux effets du changement climatique. Actuellement, 92 aéroports européens participent au programme « Airport Carbon Accreditation », dont 20 ont un bilan carbone neutre.

Pour ce qui est de l’action à l’échelle du secteur, c’est cependant maintenant aux organismes internationaux de réglementation qu’il revient d’agir. Dans le domaine de l’aviation, l’attention s’est focalisée sur l’OACI, dont les membres s’efforcent cette année de parvenir à un accord sur le climat. Les États membres de l’OACI se sont déjà accordés sur un objectif de croissance neutre en carbone d’ici 2020, et l’OACI travaille actuellement à l’établissement d’un « mécanisme de marché mondial » (GMBM) ou d’un système mondial de compensation des émissions de carbone en ligne d’ici 2020 afin d’atteindre l’objectif de bilan carbone neutre. Le plan inclut également l’utilisation de moteurs plus efficaces et de biocarburants. Cependant, l’accès aux instruments du marché ne devrait pas aboutir à une réduction directe significative des émissions du secteur ; il permettra plutôt aux opérateurs aériens de compenser la hausse de leurs émissions de GES par des réductions dans d’autres secteurs économiques. Dans ce contexte, la pollution atmosphérique et sonore devrait encore augmenter.

De même, l’OMI préside les débats entre les États maritimes au sujet de la limitation des émissions. Plusieurs initiatives sont sur la table, notamment la création d’un système mondial de collecte de données destiné à améliorer les informations sur les émissions du transport maritime, la définition d’un objectif en matière de réduction des émissions et la mise en place d’un système de marché pour atteindre cet objectif.

L’Union européenne a déjà adopté des mesures pour freiner la hausse des émissions des compagnies aériennes et maritimes. L’UE et EUROCONTROL (l’organisation internationale chargée de la gestion du trafic aérien paneuropéen) plaident également en faveur d’une utilisation plus efficace de l’espace aérien européen et d’une meilleure gestion du trafic aérien à travers l’initiative « ciel unique européen ». L’Union a également collaboré avec l’industrie dans le cadre de programmes de recherche destinés à rendre les réacteurs plus respectueux de l’environnement en termes de bruit et d’autres formes de pollution.

Depuis 2012, les émissions de GES des vols dans l’Espace économique européen ([1]) sont incluses dans le système européen d’échange de quotas d’émission. L’Union n’a pas tenu compte des vols au départ et à destination de pays n’appartenant pas à l’Espace économique européen jusqu’à fin 2016 afin de laisser le temps à l’OACI de négocier un accord mondial.

De même, l’UE a fortement encouragé l’OMI à élaborer une approche mondiale en matière de réduction de la pollution. La Commission européenne incite l’OMI et l’industrie à adopter de nouvelles mesures opérationnelles afin d’améliorer l’efficacité énergétique des navires existants et la conception des nouveaux navires. Dans le cadre d’une nouvelle réglementation de l’UE relative au suivi, à la communication et à la vérification, les grands navires (plus de 5 000 tonneaux de jauge brute) utilisant les ports de l’UE devront, à partir de 2018, communiquer leurs émissions de CO2 annuelles vérifiées et d’autres informations pertinentes. Les navires devront contrôler et communiquer la quantité de CO2 rejetée au cours des trajets au départ et à destination de ports de l’UE ainsi que lors de leur amarrage dans ces mêmes ports. Selon les estimations, ce système de notification permettrait une réduction des émissions de carbone des déplacements couverts pouvant aller jusqu’à 2 %.

Des règlements de l’UE sont également en vigueur pour lutter contre les émissions de soufre dans les eaux côtières et les ports européens. Un rapport du Parlement européen suggère également au secteur du transport maritime d’envisager l’utilisation de carburants alternatifs et d’autres sources d’énergie renouvelables pour propulser les navires.

Compensation des émissions de carbone
Les programmes de compensation des émissions de carbone, introduits il y a plus de dix ans, permettent aux consommateurs d’acheter des crédits carbone pour « neutraliser » les émissions générées par leurs déplacements ou par le transport maritime. L’intérêt public initial autour de la compensation des émissions de carbone semble s’être estompé. Aujourd’hui, seuls 2 % des vols internationaux sont compensés par les passagers, et ce pourcentage ne devrait pas augmenter dans le futur, malgré le fait que de nombreuses compagnies aériennes et maritimes continuent d’offrir ce service.

 

 ([1]) L’Espace économique européen est constitué des 28 États membres de l’Union européenne, de l’Islande, du Liechtenstein et de la Norvège.



 

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