Vivre sous un climat changeant

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Article Publié 06/10/2015 Dernière modification 15/09/2016 10:50
Notre climat change. Il est scientifiquement prouvé que la température moyenne mondiale augmente et que les régimes de précipitations évoluent. Il est également prouvé que les glaciers, la banquise arctique et la calotte glaciaire du Groenland fondent. Selon le cinquième rapport d'évaluation du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le réchauffement depuis le milieu du XXe siècle serait dû essentiellement à une augmentation des concentrations de gaz à effet de serre résultant d'émissions liées aux activités humaines. La combustion de combustibles fossiles et les changements dans l'utilisation des sols sont en grande partie responsables de cette augmentation.

 Image © Mariusz Warsinski, Environment & Me/EEA

Il ne fait aucun doute que nous devons réduire fortement les émissions mondiales de gaz à effet de serre si nous voulons éviter les impacts les plus négatifs du changement climatique. Il est clair également que nous devons nous adapter à notre climat changeant. Même si nous réduisons fortement nos émissions de gaz à effet de serre, il faut s'attendre à ce que notre climat change dans une certaine mesure et à ce que l'on en ressente les impacts dans le monde entier, y compris en Europe. La fréquence et l'intensité des inondations et des sécheresses devraient augmenter. La hausse des températures, les modifications des niveaux et des régimes de précipitations ou encore les phénomènes météorologiques extrêmes ont déjà une incidence sur notre santé, notre environnement naturel et notre économie.

Le changement climatique a des effets pour nous tous

Nous l'ignorons peut-être mais les effets du changement climatique touchent chacun d'entre nous : agriculteurs, pêcheurs, patients asthmatiques, personnes âgées, jeunes enfants, résidents urbains, skieurs, amateurs de plages... Les phénomènes météorologiques Vivre sous un climat changeant extrêmes, tels que les inondations et les ondes de tempête, peuvent dévaster des petites communautés, voire des régions et des pays tout entiers. Les vagues de chaleur peuvent exacerber la pollution de l'air, aggraver les maladies cardiovasculaires et respiratoires, et, dans certains cas, provoquer des décès.

Des océans plus chauds risquent de déséquilibrer l'ensemble de la chaîne alimentaire et donc la vie marine, mettant davantage encore sous pression des stocks de poissons déjà surexploités. La hausse des températures peut également avoir pour conséquence de modifier la capacité de stockage de carbone du sol, qui constitue, après les océans, le deuxième plus grand puits de carbone. Les sécheresses et la hausse des températures peuvent avoir une incidence sur la production agricole, en renforçant la concurrence entre les secteurs économiques pour l'acquisition de ressources précieuses telles que l'eau et la terre.

Tous ces effets peuvent déboucher sur des pertes réelles. Selon des études récentes, si aucune action d'adaptation n'est entreprise, l'Europe pourrait déplorer 200 000 décès liés à la chaleur par an d'ici 2100. Le coût des dégâts provoqués par le débordement de fleuves ou de rivières pourrait être supérieur à 10 milliards d'euros par an. Parmi les autres effets du changement climatique, citons notamment les dégâts liés aux feux de forêt, la diminution des rendements de cultures ou encore la perte de jours de travail liée à des maladies respiratoires.

Face à de tels impacts actuels et futurs, les Européens n'ont d'autre choix que de s'adapter au changement climatique. Une stratégie à l'échelle de l'Union européenne (UE) est déjà établie en vue d'aider les pays à planifier leurs activités d'adaptation et des stratégies nationales ont été adoptées dans plus de vingt pays européens.

Certains projets d'adaptation en cours impliquent de grands projets de construction de nouvelles infrastructures (par exemple des digues et des systèmes de drainage anti-inondation), tandis que d'autres visent à restaurer les écosystèmes afin de permettre à la nature d'intégrer des effets du changement climatique tels que l'excès d'eau ou de chaleur. Différentes initiatives et possibilités de financement existent afin d'aider les pays, les villes et les régions à se préparer aux effets du changement climatique et à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Réduire les émissions

La gravité du changement climatique dépendra de la façon dont on parviendra, en termes de volume et de vitesse, à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Le changement climatique est l'un des plus grands défis de notre temps : il pose un problème d'ampleur mondiale qui nous concerne tous. La communauté scientifique recommande fortement de limiter l'augmentation des températures moyennes mondiales et de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin d'éviter les effets négatifs du changement climatique. Au titre de la conventioncadre des Nations unies sur les changements climatiques, la communauté internationale a convenu de limiter l'augmentation de la température moyenne mondiale à 2 °C au-dessus de la température de l'ère préindustrielle.

Si la température moyenne mondiale augmente de plus de 2 °C, le changement climatique aura des conséquences encore plus graves sur notre santé, l'environnement naturel et l'économie. Une hausse moyenne de 2 °C signifie que les températures augmenteront en réalité de plus de 2 °C dans certaines parties du monde, en particulier dans la région arctique, dont les systèmes naturels uniques seront encore plus menacés.

L'Union européenne s'est fixé des objectifs à long terme ambitieux en matière d'atténuation du changement climatique. En 2013, l'UE avait déjà réduit ses émissions internes de gaz à effet de serre de 19 % par rapport aux niveaux de 1990. L'objectif d'une réduction de 20 % d'ici 2020 peut être atteint.

La réalisation d'une réduction d'au moins 40 % des émissions internes (c'est-à-dire au sein de l'UE) d'ici 2030 et de 80-95 % d'ici 2050 dépendra en partie de la capacité de l'UE à recueillir des fonds publics et privés suffisants pour soutenir le développement de technologies durables et innovantes. Les prix réels du carbone et les réglementations sont essentiels pour promouvoir les investissements dans le domaine des innovations respectueuses du climat, notamment en matière d'énergies renouvelables et d'efficacité énergétique. Dans certains cas, les décisions de financement pourraient également comprendre des mesures visant à ne plus investir dans certains secteurs et à en restructurer d'autres.

Mais la réduction par les États membres de l'UE de leurs émissions n'apporterait qu'une réponse partielle au problème, étant donné que l'UE ne génère que 10 % environ des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Pour parvenir à l'objectif de 2 °C, un effort mondial, assorti de réductions substantielles des émissions globales de gaz à effet de serre, est manifestement requis. La communauté scientifique estime que, pour pouvoir atteindre l'objectif de 2 °C, seule une quantité limitée de carbone peut encore être émise dans l'atmosphère d'ici la fin du siècle. Le monde a, en effet, déjà consommé l'essentiel de son «budget carbone». Au rythme actuel, le budget carbone sera totalement épuisé bien avant 2100.

Des études scientifiques montrent que, pour accroître nos chances de limiter l'augmentation de la température moyenne à 2 °C, les émissions mondiales doivent atteindre leur pic en 2020 puis commencer à décliner. Dans ce contexte, les prochaines négociations sur le climat (COP21) prévues à Paris doivent marquer un tournant en vue de parvenir à un accord mondial sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre et sur le soutien à fournir aux pays en développement.

Un avenir à faible émission de carbone est possible d'ici 2050

La nécessité d'adopter des modèles durables de consommation et de production constitue le coeur du problème. Notre récent rapport intitulé «L'environnement en Europe — État et perspectives 2015», qui se fonde sur les récentes tendances observées concernant l'environnement en Europe et sur les mégatendances mondiales, invite à opérer une transition vers une économie verte. L'économie verte constitue un mode de vie durable, qui nous permet de bien vivre dans le respect des limites définies par notre planète. Pour réaliser cette transition, il faut apporter des modifications structurelles à des systèmes d'importance clé, tels que ceux de l'énergie et du transport, ce qui nécessite des investissements à long terme en matière d'infrastructures.

Les Européens procèdent déjà à des investissements dans ces systèmes clés. Le défi est de s'assurer que tous les investissements actuels et futurs nous fassent progresser dans le développement d'une économie plus verte et soucieuse de l'environnement et ne nous enferment pas dans la voie d'un développement non durable. Faire aujourd'hui les bons investissements permettra non seulement de réduire le coût global du changement climatique, mais aussi de renforcer l'expertise de l'Europe dans les éco-industries florissantes, qui constituent l'économie du futur. En fin de compte, nous avons tous notre mot à dire pour déterminer à quoi ressemblera notre vie une fois advenu le changement climatique.

Le défi peut certes nous sembler de taille. Mais quelle qu'en soit l'ampleur, l'objectif d'une augmentation de température limitée à 2 °C reste à notre portée. Il nous faut à présent être suffisamment courageux et ambitieux pour l'atteindre.

Hans Bruyninckx
Directeur exécutif de l'AEE

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