Le changement climatique et les investissements

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Article Publié 06/10/2015 Dernière modification 31/08/2016 14:57
Les mesures visant à atténuer le changement climatique et s'y adapter sont souvent considérées comme coûteuses et sont perçues comme une charge supplémentaire pour l'économie. Mais les pays européens investissent déjà des fonds publics et privés dans le domaine de la recherche, des infrastructures, de l'agriculture, de l'énergie, du transport, du développement urbain, de la protection sociale, de la santé et de la préservation de la nature. Nous pouvons veiller à ce que les dépenses actuelles dans ces domaines favorisent la prise de décisions durables et respectueuses du climat qui contribueront à la création de nouveaux emplois.

 Image © Ana Skobe, Environment & Me/EEA

Le changement climatique va nous affecter de diverses manières, que ce soit par une aggravation de la pollution atmosphérique, l'acidification des océans ou les inondations d'habitations et de champs. Certains coûts liés aux dégâts, tels que les pertes économiques dues aux biens endommagés par des inondations, sont relativement faciles à quantifier en termes financiers. D'autres coûts sont par contre plus difficiles à estimer. Est-il possible de chiffrer avec précision le coût des problèmes potentiels de santé ou des pertes de productivité des cultures liés au changement climatique?

Malgré ces difficultés et incertitudes liées au changement climatique, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) estime que la perte économique probable provoquée par 2 °C de réchauffement de la planète s'élèvera probablement à une valeur comprise entre 0,2 et 2 % du produit intérieur brut (PIB) mondial, et ce même si de fortes mesures d'adaptation sont prises. Si le réchauffement va au-delà de cette limite, les coûts risquent encore d'être supérieurs.

Même si nous n'en connaissons peut-être pas le montant exact, les coûts liés au changement climatique sont bien réels et nous les supportons déjà de nombreuses manières, par exemple en termes de propriétés endommagées, de frais médicaux et de diminution des rendements agricoles.

Afin de prévenir ou de réduire certains coûts futurs pour notre société, notre économie et notre environnement, il est indispensable de prendre des mesures. D'où les questions suivantes : combien devons-nous investir? Et dans quels domaines?

Investir dans les infrastructures

Au niveau mondial, nous consommons de plus en plus de ressources. Nous avons besoin de plus de denrées, plus de terres et plus d'eau pour nourrir une population mondiale croissante et il nous faut plus d'énergie pour chauffer nos maisons et approvisionner nos véhicules en combustible. Pour répondre à la croissance de notre consommation, nous appliquons des modèles de production non durables, qui épuisent des ressources non renouvelables. Ce mécanisme provoque le dégagement de plus de polluants dans l'atmosphère, les masses d'eau et la terre.

Les efforts requis pour faire face au changement climatique doivent être perçus dans le contexte d'une transition plus large vers une «économie verte», un mode de vie durable qui nous permet de bien vivre tout en maintenant notre utilisation des ressources dans les limites soutenables pour notre planète. Le 7e programme d'action pour l'environnement de l'Union européenne considère les «investissements» comme l'un des principaux piliers soutenant cette transition.

Les investissements sont essentiels pour faire face au changement climatique, car les choix d'investissement que nous faisons aujourd'hui ont des implications à long terme, tant positives que négatives, concernant la façon dont les besoins de base de la société seront satisfaits à long terme. Les infrastructures sont l'un des principaux moyens par lesquels les investissements peuvent aider à gérer le changement climatique. Nos sociétés mettent en place des infrastructures pour répondre aux besoins de base de la société, par exemple en matière d'eau, d'énergie et de mobilité. Ces infrastructures sont souvent très coûteuses et sont utilisées pendant des décennies. Elles jouent donc un rôle crucial pour façonner notre mode de vie. Certaines décisions d'investissement pourraient fournir de réelles opportunités pour modifier la façon dont nous répondons à ces besoins, tandis que d'autres risquent de nous enfermer durant des décennies dans des pratiques non durables.

Selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI), le monde dépense environ 4,8 billions d'euros (5,3 billions d'USD) par an en subventions énergétiques, principalement pour des combustibles fossiles. La définition des «subventions», telle qu'elle est donnée dans le récent rapport du FMI, couvre les coûts non payés de tous les dommages environnementaux causés par les combustibles fossiles. Dans le même rapport, le FMI estime que les subventions directes (à savoir les politiques gouvernementales finançant le coût de la production ou de la consommation de pétrole, de gaz et de charbon) s'élèvent au total à environ 460 milliards d'euros (500 milliards d'USD).

Ces subventions risquent de produire des résultats non voulus, où les décisions d'investissement à long terme concernant notre infrastructure énergétique continuent de favoriser les combustibles fossiles.

Décarboniser les systèmes d'énergie et de transport?

La combustion de combustibles fossiles est l'un des principaux contributeurs aux émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Les combustibles fossiles sont également l'un des principaux composants du système énergétique mondial, qui répondent à nos besoins énergétiques pour approvisionner nos maisons, nos bureaux, nos usines et nos véhicules.

Il n'est pas aisé de passer totalement des combustibles fossiles aux alternatives renouvelables durables. Une telle conversion requiert des changements dans l'ensemble du système d'approvisionnement en énergie, de la production à la consommation finale en passant par le stockage et la distribution. À titre d'exemple, l'électricité produite par des panneaux solaires devrait pouvoir être mise à disposition en vue de son utilisation ultérieure à un autre endroit, voire éventuellement dans un autre pays. Cela ne peut se faire que si des réseaux intelligents bien interconnectés sont mis en place. D'autres systèmes, tels que le système de transport, nécessiteront également un changement radical. La flotte automobile actuelle devra être remplacée par des véhicules électriques et il faudra établir de nouveaux réseaux de transport public capables de répondre à la demande de mobilité en proposant des variantes à l'utilisation de voitures individuelles. L'investissement global requis pour réaliser tous ces changements pourrait être très élevé.

Selon les estimations de la Commission européenne, 270 milliards d'euros par an d'investissements publics et privés supplémentaires seront requis au cours des 40 prochaines années pour faire des systèmes d'approvisionnement énergétique et de transport de l'UE des systèmes à faible émission de carbone. Ce montant supplémentaire correspond à environ 1,5 % du PIB de l'UE et coïncide avec l'estimation réalisée par le GIEC de la perte économique due au changement climatique, comprise entre 0,2 % et 2 % du PIB mondial d'ici 2050. Les investisseurs vont-ils dès lors agir dès maintenant pour minimiser les impacts futurs?

Rediriger les dépenses actuelles

Les gouvernements, les entreprises et les citoyens investissent déjà dans les domaines de la construction de réseaux de transport, de la production d'énergie, du logement et des biens et services de consommation dans l'UE. Même si elles varient d'un État membre à l'autre, les dépenses publiques dans l'UE approchent les 50 % du PIB. Une partie de celles-ci sont des dépenses d'investissement (techniquement, «formation du capital brut») dans des domaines tels que les grands projets d'infrastructure, la recherche, les services de santé, etc. Il en est de même pour les dépenses des ménages ou des entreprises.

Dès lors, quel type de système d'énergie et de mobilité allons-nous construire pour l'avenir? Allons-nous investir à fonds perdus dans des solutions non durables ou allonsnous créer des possibilités de développement d'alternatives durables et changer la façon dont nous répondons à nos besoins? Les financements publics peuvent ici jouer un rôle crucial en fournissant des incitations et en envoyant des signaux «verts» au marché.

Ainsi, la décision de transférer des fonds publics provenant des combustibles fossiles vers la production d'énergie renouvelable enverrait un signal clair non seulement aux producteurs d'énergie, mais aussi aux chercheurs et aux usagers de l'énergie.

Conformément à sa stratégie Europe 2020, l'UE réserve dans son budget pluriannuel 2014-2020 près d'un billion d'euros pour la croissance durable, les emplois et la compétitivité. Au minimum 20 % de ce budget pluriannuel sera consacré à transformer l'économie de l'UE en une économie à faible émission de carbone et résiliente au changement climatique. Pour parvenir à ce but, des objectifs climatiques ont été inclus dans les politiques et programmes pertinents de l'UE, par exemple les fonds structurels, la recherche, l'agriculture, la politique maritime, la pêche et le programme LIFE sur la préservation de la nature et l'action en faveur du climat.

Ces fonds sont complétés par des dépenses publiques aux niveaux national, régional et local dans les États membres de l'UE, ainsi que par des investissements du secteur privé (entreprises, plans de pension et ménages, par exemple). Des filières de financement mondiales telles que le Fonds vert pour le climat, créé dans le cadre de la CCNUCC (convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), existent également et visent à aider les pays en développement à s'adapter aux impacts du changement climatique et à adopter des mesures d'atténuation.

Les possibilités qui s'offrent à nous

Nous savons que nous devons investir pour répondre à la demande croissante dans certains domaines. Conformément au rapport de The New Climate Economy, l'utilisation d'énergie au niveau mondial devrait croître de 20 % à 35 % au cours des 15 prochaines années. Afin de répondre à cette demande, plus de 41 billions d'euros devront être investis entre 2015 et 2030 dans les principales catégories d'infrastructure énergétique. La production et l'utilisation énergétiques représentant déjà deux tiers des émissions globales de gaz à effet de serre, le choix du type de sources d'énergie dans lesquelles nous investissons aujourd'hui déterminera largement si nous réussirons ou non à limiter le réchauffement de la planète à 2 °C.

Certains secteurs et certains groupes seront inévitablement pénalisés par ce virage et cette réorientation des fonds vers des solutions durables. Les gouvernements devront alors recourir à des politiques sociales pour soutenir ceux qui sont affectés par cette transition. Les pouvoirs publics devront également s'adapter aux réalités changeantes. Par exemple, l'abandon total des combustibles fossiles entraînerait également une diminution des recettes fiscales et des redevances en provenance de ces secteurs. L'activité des secteurs concernés serait sans doute réduite, d'où probablement des pertes d'emplois.

D'une certaine manière, le changement est déjà en cours. Malgré la crise économique qui a frappé l'économie européenne à partir de 2008, les éco-industries (énergies renouvelables, traitement des eaux usées et recyclage, par exemple) de l'Union européenne continuent de se développer. Entre 2000 et 2012, elles ont enregistré une croissance de plus de 50 % en termes de valeur ajoutée et ont créé 1,4 million d'emplois supplémentaires pour porter l'effectif total à 4,3 millions, alors que le reste de l'économie enregistrait au cours de la même période une croissance relativement faible et une stagnation de l'emploi. Cette forte création d'emplois dans l'éco-industrie peut également être appréciée dans la perspective d'une main-d'oeuvre en évolution et plus concurrentielle, où moins de personnes travaillent dans des secteurs non durables (par exemple l'extraction minière).

De plus en plus conscients des enjeux, certains groupes d'individus et entreprises abandonnent également délibérément les solutions non durables pour se tourner vers des créneaux innovants. Investir dans l'innovation et la recherche environnementales permettrait non seulement d'aider l'UE à adopter des technologies plus propres et à construire un avenir durable, mais renforcerait également l'économie et la compétitivité de l'UE. L'Europe peut récolter les fruits de sa position de leader mondial dans les éco-industries en exportant sa technologie et son savoir-faire pour contribuer à répondre à la croissance anticipée de la demande mondiale en manière d'énergie, de mobilité et de logement.

Certes, la transition vers une économie verte prendra un certain temps. Mais plus tôt nous agirons, moins élevé sera le coût à payer et plus grands seront les avantages.

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