Agriculture et changement climatique

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Article Publié 06/10/2015 Dernière modification 11/07/2016 15:55
L'agriculture contribue au changement climatique mais en subit également les effets. L'UE doit réduire ses émissions de gaz à effet de serre d'origine agricole et adapter son système de production alimentaire pour faire face au changement climatique. Mais le changement climatique n'est qu'une des nombreuses pressions qui s'exercent sur l'agriculture. Face à la croissance de la demande mondiale en ressources et au renforcement de la concurrence pour y avoir accès, il est nécessaire de considérer la production et la consommation alimentaires de l'UE dans un contexte plus large, associant agriculture, énergie et sécurité alimentaire.

 Image © Javier Arcenillas, Environment & Me/EEA

L'alimentation correspond à un besoin humain de base, et un régime sain est une composante essentielle de notre santé et de notre bienêtre. Un système complexe et de plus en plus mondialisé de production et de distribution alimentaires s'est développé au fil du temps afin de satisfaire nos besoins alimentaires et nous proposer une diversité de saveurs. Aujourd'hui, un poisson pêché dans l'Atlantique peut être servi quelques jours plus tard dans un restaurant de Prague, accompagné de riz importé d'Inde. Parallèlement, des produits alimentaires européens sont vendus et consommés partout ailleurs dans le monde.

L'agriculture contribue au changement climatique

Avant de se retrouver dans notre assiette, les aliments que nous consommons doivent être produits, stockés, transformés, emballés, transportés, préparés et servis. Chacune de ces étapes donne lieu à des émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. L'élevage, en particulier, provoque l'émission de grandes quantités de méthane et d'oxyde nitreux, deux puissants gaz à effet de serre. Le méthane est produit par le bétail à la suite de la fermentation entérique en cours de digestion et est dégagé par éructations. Il peut également provenir du fumier entassé et de déchets organiques entreposés dans des décharges. Les émissions d'oxyde nitreux constituent un produit indirect des fertilisants à base d'azote organique et minéral.

En 2012, l'agriculture a contribué à hauteur de 10 % à l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre de l'UE. Les émissions de l'UE dues à l'agriculture ont diminué de 24 % entre 1990 et 2012 grâce à une baisse importante du nombre de têtes de bétail, à une plus grande efficacité dans l'utilisation des engrais et à une meilleure gestion du fumier.

Toutefois, dans le reste du monde, le secteur agricole suit une tendance opposée. Entre 2001 et 2011, les émissions mondiales dégagées par la production agricole et l'élevage ont augmenté de 14 %. Cet accroissement provient principalement des pays en développement, par suite d'une hausse de la production agricole totale. Cette évolution résulte d'une croissance de la demande alimentaire mondiale et d'une modification des habitudes de consommation alimentaire découlant d'une hausse des revenus dans certains pays en développement. Les émissions dues à la fermentation entérique ont augmenté de 11 % au cours de la période considérée et représentaient, en 2011, 39 % des émissions totales de gaz à effet de serre du secteur.

Compte tenu du rôle central que joue l'alimentation dans notre vie, parvenir à réduire davantage l'émission de gaz à effet de serre d'origine agricole semble une tâche plutôt ardue. Il subsiste toutefois des possibilités de réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à la production alimentaire dans l'UE. Une meilleure intégration de techniques innovantes dans les méthodes de production, par exemple le piégeage du méthane dégagé par le fumier, l'utilisation plus efficace d'engrais et une production plus efficace de viande et de produits laitiers (c'està- dire une production réduisant les émissions par unité d'aliments produits) pourraient constituer des possibilités à envisager.

Au-delà de ces gains en termes d'efficacité, modifier les habitudes de consommation peut contribuer à diminuer davantage les émissions de gaz à effet de serre liées à l'alimentation. De manière générale, la viande et les produits laitiers sont au niveau mondial les aliments présentant l'empreinte la plus élevée en termes de carbone, de matières premières et d'eau par kilogramme. S'agissant de l'émission de gaz à effet de serre, l'élevage et la production de fourrage génèrent chacun plus de 3 milliards de tonnes d'équivalent CO2. Le transport en aval de la ferme et la transformation ne représentent qu'une faible part des émissions liées aux denrées alimentaires. En diminuant le volume de déchets alimentaires et notre consommation de produits alimentaires générant beaucoup d'émissions, nous pouvons contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à la production agricole.

L'agriculture subit les effets du changement climatique

Les cultures ont besoin d'un sol adapté, d'eau, de soleil et de chaleur pour se développer. La hausse des températures atmosphériques a d'ores et déjà contribué à allonger la durée de la période de croissance des végétaux dans de vastes parts de l'Europe. La floraison et la récolte des cultures céréalières interviennent désormais plus tôt dans la saison. Ces changements se poursuivront probablement dans de nombreuses régions.

De manière générale, dans le nord de l'Europe, la productivité agricole pourrait s'accroître en raison de l'allongement de la période de croissance des végétaux et de l'allongement de la période sans gel. La hausse des températures et l'allongement de la période de végétation pourraient par ailleurs permettre de développer de nouvelles cultures. Toutefois, dans le sud de l'Europe, des phénomènes de chaleur extrême ainsi que la baisse des niveaux de précipitations et de la disponibilité en eau risquent de nuire à la productivité des cultures. Par ailleurs, le rendement des cultures va probablement varier de plus en plus d'une année à l'autre en raison de phénomènes climatologiques extrêmes et d'autres facteurs liés par exemple aux organismes nuisibles et aux maladies.

Dans certaines parties de la région méditerranéenne, certaines cultures estivales pourraient être réalisées en hiver pour éviter la chaleur extrême et le manque d'eau des mois d'été. Dans d'autres régions, telles que l'ouest de la France et le sud-est de l'Europe, il faudra s'attendre à une réduction des rendements agricoles étant donné que les étés seront chauds et secs et qu'il ne sera pas possible de déplacer la production de certaines cultures aux mois d'hiver.

Les modifications escomptées en termes de températures et d'allongement de la période de végétation pourraient par ailleurs entraîner la prolifération et la propagation, entre autres, de certaines espèces d'insectes, de mauvaises herbes invasives ou de maladies, ce qui nuirait également au rendement des cultures. Une partie des pertes potentielles de rendement pourrait être compensée par une amélioration des pratiques agricoles, telles que la rotation des cultures en fonction de la disponibilité en eau, l'ajustement des dates de semis aux modèles de température et de précipitations et l'utilisation de variétés de culture mieux adaptées aux nouvelles conditions climatiques (par exemple des cultures résistantes à la chaleur et à la sécheresse).

Les ressources alimentaires d'origine agricole ne sont pas les seules à être touchées par le changement climatique. La répartition de certains stocks de poissons a déjà changé dans l'Atlantique du Nord-Est, affectant les communautés qui dépendent de ces stocks tout au long de la chaîne d'approvisionnement. Outre l'accroissement du transport par voie maritime, la hausse de la température des eaux peut également favoriser l'établissement d'espèces marines invasives, ce qui pourrait entraîner l'effondrement des stocks de poissons indigènes.

Des fonds de l'UE, notamment le Fonds européen agricole pour le développement rural, la politique agricole commune (PAC) et les prêts de la Banque européenne d'investissement constituent autant de moyens disponibles pour aider les agriculteurs et les communautés de pêcheurs à s'adapter au changement climatique. Il existe également d'autres fonds octroyés au titre de la PAC en vue de contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre d'origine agricole.

Marché mondial, demande mondiale, réchauffement mondial...

Compte tenu de la croissance démographique prévue et de l'évolution escomptée des habitudes alimentaires vers une consommation accrue de viande, la demande mondiale de denrées alimentaires devrait augmenter jusqu'à 70 % dans les décennies à venir. L'agriculture est déjà l'un des secteurs économiques ayant le plus grand impact environnemental. Cette forte augmentation de la demande générera bien sûr des pressions supplémentaires. Dans ce contexte, comment pouvons-nous satisfaire à cette demande mondiale croissante tout en réduisant les effets négatifs sur l'environnement de la production et de la consommation de denrées alimentaires en Europe?

Réduire la quantité de denrées alimentaires produites ne constitue pas une solution viable. L'UE est l'un des plus grands producteurs mondiaux de denrées alimentaires, qui assure environ un huitième de la production céréalière mondiale, deux tiers de la production vinicole mondiale, la moitié de la production de betteraves sucrières et trois quarts de la production d'huile d'olive. Toute réduction de production des principales denrées alimentaires risque de menacer la sécurité alimentaire dans l'UE et dans le monde et de provoquer à l'échelle mondiale une hausse du prix des aliments. Pour de nombreux individus de par le monde, il serait alors plus difficile d'avoir accès, à un prix abordable, à des produits alimentaires nutritifs.

Pour produire plus à partir d'un sol déjà utilisé à des fins agricoles, on utilise souvent des engrais à base d'azote, lesquels émettent de l'oxyde nitreux et contribuent à leur tour au changement climatique. L'agriculture intensive et l'utilisation d'engrais contribuent par ailleurs au rejet de nitrates qui pénètrent dans les sols et les masses d'eau. Même si elle n'est pas directement liée au changement climatique, la présence de nutriments (en particulier de phosphates et de nitrates) en fortes concentrations dans les masses d'eau provoque l'eutrophisation. Ce phénomène favorise la prolifération des algues et raréfie l'oxygène dans l'eau, ce qui a de graves conséquences sur la vie aquatique et la qualité de l'eau.

En Europe ou ailleurs dans le monde, répondre à la demande croissante en aliments en augmentant la superficie de terres cultivées aurait des effets préjudiciables sur l'environnement et le climat. En Europe, les terres les plus propices à l'exploitation agricole sont déjà, dans une large mesure, cultivées. La terre, en particulier la terre agricole fertile, constitue une ressource limitée en Europe et dans le monde.

Convertir des zones forestières en terres agricoles n'est pas non plus une solution, car cela donnerait lieu à des émissions de gaz à effet de serre. Comme pour de nombreux autres changements susceptibles d'être introduits en matière d'utilisation des sols, la déforestation (qui survient aujourd'hui principalement en dehors de l'Union européenne) menace également la biodiversité et altère encore davantage la capacité de la nature à faire face aux effets du changement climatique (par exemple la capacité d'absorber de fortes pluies).

Des demandes parfois concurrentes

De toute évidence, il va falloir augmenter la production alimentaire dans le monde, alors que les ressources principales sont limitées. L'agriculture a des répercussions importantes sur l'environnement et sur le climat. De plus, le changement climatique a un impact – et continuera d'avoir un impact – sur la quantité de denrées alimentaires susceptibles d'être produites et sur leurs lieux de production.

La question de savoir qui produit quoi et où est une question d'ordre sociopolitique qui donnera certainement lieu à l'avenir à des controverses croissantes. La concurrence mondiale pour l'accès à ces ressources cruciales, compte tenu notamment des effets à venir du changement climatique, incite certains pays développés à acquérir de vastes étendues de terres agricoles situées dans des pays moins développés. Ces acquisitions de terres et les impacts du changement climatique soulèvent un certain nombre de questions concernant notamment la sécurité alimentaire dans les pays en développement. La sécurité alimentaire ne consiste pas seulement à produire des aliments en quantité suffisante, mais aussi à avoir accès à des aliments suffisamment nutritifs.

Ce problème complexe requiert une approche politique cohérente intégrant la question du changement climatique et celle des ressources énergétiques. Face au changement climatique et à la concurrence à venir pour l'accès à des ressources plus rares, le système alimentaire tout entier devra être transformé et utiliser beaucoup plus efficacement les ressources disponibles tout en continuant à réduire son impact sur l'environnement, y compris en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre.

Nous devons accroître les rendements agricoles tout en réduisant notre dépendance aux produits agrochimiques, réduire la quantité de déchets alimentaires et diminuer la consommation d'aliments qui, tels que la viande, nécessitent pour leur production d'importantes ressources et donnent lieu à l'émission de grandes quantités de gaz à effet de serre.

Ce faisant, nous ne devons pas oublier le rôle décisif que les agriculteurs peuvent jouer dans le maintien et la gestion de la biodiversité en Europe. Ces derniers constituent en outre une composante essentielle de l'économie rurale. Par conséquent, les mesures politiques à prendre pour faire face à ce problème très complexe de l'alimentation et de l'environnement devraient intégrer l'impact de l'agriculture sur l'environnement ainsi que l'importance socio-économique de l'agriculture pour de nombreuses communautés.

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