Vers la durabilité mondiale

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Article Publié 02/12/2015 Dernière modification 15/09/2016 10:50
En août de cette année, plus de190 pays sont parvenus à un consensus sur l'Agenda 2030 des Nations unies pour le développement durable. Par ailleurs, les chefs d'État réunis à New York ce mois-ci adopteront cet Agenda et de ce fait ses buts et objectifs de développement durable. Contrairement aux précédents objectifs, les objectifs de développement durable (ODD) sont fixés à la fois pour les pays développés et les pays en développement et portent sur un éventail plus large de thèmes liés au développement durable. Bon nombre des 17 ODD comportent des éléments relatifs à l'environnement, à l'utilisation des ressources ou au changement climatique.

 Image © Leyla Emektar, Picture2050 /EEA

II est encourageant d'observer cet engagement mondial plus engagés en faveur de la durabilité. Reconnaître que le développement durable est à la fois un défi et une nécessité pour les pays développés et en développement constitue certainement un pas dans la bonne direction.

Dans ce contexte, la finalité globale du 7ème Programme d'action pour l'environnement de l'Union européenne se situe dans le droit fil des ODD: «En 2050, nous vivons bien, dans les limites écologiques de notre planète.» Un nombre important de mesures ont été mises en place dans l'UE afin d'atteindre cet objectif. Toutefois, étant donné la nature mondiale de notre économie et de notre environnement, il est plus difficile pour des pays ou des groupes de pays agissant en commun (tels que l'UE) de résoudre les problèmes environnementaux de manière isolée. Par exemple, indépendamment de leur lieu d'origine, les émissions de gaz à effet de serre (GES) alimentent les concentrations atmosphériques mondiales de GES, générant des impacts à une grande distance de leur source - et potentiellement à très long terme.

Sans un effort au niveau mondial et sans transition vers une véritable durabilité, nous risquons d'affaiblir le bien-être et la qualité de vie de l'ensemble de la planète. Il ressort de notre rapport intitulé «L'environnement en Europe — état et perspectives 2015» (SOER 2015) que les modes de consommation et de production actuels améliorent notre qualité de vie mais, paradoxalement, la mettent aussi en péril.

Tout près des limites

Le rapport SOER 2015 souligne également que plusieurs éléments montrent que nos économies se rapprochent des limites écologiques qui les fondent et que nous sommes d'ores et déjà confrontés à des contraintes en matière de ressources matérielles et environnementales. Selon les estimations disponibles, la consommation totale de la planète outrepasse sa capacité de régénération de plus de 50 %. En d'autres termes, nous consommons actuellement plus que ce que notre planète est en mesure de produire sur une période donnée.

Certaines grandes tendances globales soulèvent d'autres préoccupations. Aujourd'hui, moins de deux milliards des sept milliards d'habitants de la planète sont considérés comme des consommateurs de la classe moyenne. En 2050, la population de notre planète devrait atteindre 9 milliards, dont plus de 5 milliards appartenant à cette classe moyenne. Cette croissance est susceptible d'intensifier la concurrence mondiale pour l'accaparement des ressources et d'exercer une pression supplémentaire sur les écosystèmes.

L'utilisation des matières premières au niveau mondial pourrait doubler d'ici 2030. La demande mondiale d'énergie et d'eau devrait croître de 30 % à 40 % ces vingt prochaines années. De même, la demande totale en nourriture, fourrage et fibres devrait croître d'environ 60 % d'ici à 2050.

La pénurie croissante de ressources et l'intensification de la concurrence donnent lieu à des préoccupations quant à la sécurité de l'accès aux ressources essentielles. Ces préoccupations concernant la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique et l'approvisionnement en eau ont déclenché une vague d'acquisitions transnationales de terres arables au cours de ces cinq à dix dernières années, essentiellement dans les pays en développement.

L'Europe et la viabilité mondiale

L'Union européenne est un acteur important sur la scène mondiale, tant comme producteur que comme consommateur. L'empreinte environnementale de la plupart des pays européens dépasse leur zone biologiquement productive ou «biocapacité». En outre, compte tenu du commerce de l'UE avec le reste du monde, une proportion considérable des pressions environnementales associées à la consommation dans l'UE est ressentie en dehors du territoire de l'UE. Par ailleurs, la proportion de l'empreinte environnementale sur les terres, l'eau, l'utilisation des matières premières ou les émissions atmosphériques résultant des besoins de l'Union européenne et exercée hors des frontières européennes n'a cessé d'augmenter ces dix dernières années.

Depuis peu, les problèmes environnementaux mondiaux sont formulés en termes de points de basculement, de limites et de fossés. Cette approche ne se reflète pas encore dans les sociétés, les économies et les systèmes financiers, les idéologies politiques et les systèmes de connaissances, qui n'intègrent pas encore le concept de frontières ou de limites planétaires. Il est pourtant indiscutable que les ressources essentielles telles que l'eau et la terre dont notre planète dispose sont présentes en quantités limitées.

Dans un système économique mondial aux ressources limitées, confronté à une augmentation de la demande mondiale et à une dégradation de l'environnement, la seule option viable est une économie verte, efficace dans l'utilisation des ressources. Une transition vers une économie verte requiert des changements fondamentaux, non seulement dans nos modes de production ou de consommation de produits et services, mais également en ce qui concerne l'urbanisme, les modes de transport des personnes et des marchandises, la production d'aliments etc.

Les politiques de "verdissement" de l'économie ne doivent pas être considérées comme des obstacles ou des mesures coûteuses. Au contraire, elles peuvent se transformer en opportunités. De nombreux secteurs économiques en Europe ont réussi à réduire leur demande de matières premières et leurs émissions, ou à rompre le lien entre la croissance économique et les émissions. Par exemple, le secteur économique des produits environnementaux a augmenté de plus de 50 % entre 2000 et 2011. C'est l'un des rares secteurs économiques de l'Union européenne qui prospère depuis la crise financière de 2008.

De même, la croissance démographique et l'intensification de la concurrence pour l'accès aux ressources peuvent également être considérées comme des forces motrices de l'indispensable mutation systémique. Pour les prendre en compte, nous pouvons commencer par adopter des modalités d'aménagement urbain planifiées à l'échelle mondiale permettant que des systèmes essentiels tels que l'énergie, la mobilité, les transports, n'exercent pas de pression sur le capital naturel et se rapprochent autant que possible de la norme «zéro carbone» et «zéro déchets».

Hans Bruyninckx
Directeur exécutif de l'AEE

Éditorial publié dans l'édition n° 2015/3 de la lettre d'information de l'AEE, septembre 2015

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